—Je me promenais bien tranquillement, dit-elle.
Elle était droite devant lui, les deux poings posés fermement sur ses hanches larges. Elle se tenait devant la fenêtre et Maurin, qui la regardait avec des yeux de désir, voyait autour de sa tête des frisons de cheveux noirs échappés à sa coiffure, et qui frémissaient, tout irisés, dans la clarté éblouissante du ciel.
—Et quel autre profit voudriez-vous? dit-elle avec malice, car elle songeait encore à la chanson de la poulette.
Puis, avant qu’il répondît, elle ajouta gaiement, par manière gentille:
—C’est joli, ça! n’avez-vous pas honte, de demander salaire pour avoir bien agi?
—Mon salaire bien gagné, dit Maurin, étendant vers elle les bras et la saisissant par la taille, ce sera un bon baiser, rien qu’un!
Elle se débattait sans donner contre lui trop de force et sans se fâcher.
Lui, la tenant toujours par la taille, continua:
—Voyons, une supposition. Maurin des Maures n’aurait pas poussé son cri qui fait peur aux mauvaises gens, qu’est-ce qui te serait arrivé?... On tremble d’y penser, dis, ma belle? Ce n’est pas d’un baiser que tu courais le risque mais de beaucoup, je pense, et non pas d’un seul homme, pechère, et de telles gens encore, que, d’y penser, la rage m’en vient, bon Dieu! Songe donc! Et pour avoir été sauvée d’un pareil malheur, un baiser, un seul, que tu donneras à un brave homme, à un honnête homme, voyons, sera-ce payé trop cher?
Debout, il la tenait par derrière à pleins bras, largement, et ses deux mains s’étaient croisées sur la jeune poitrine tendue et battante. Elle ne détourna pas la tête... Sans doute, elle pensait, elle aussi, qu’il méritait, le beau et brave chasseur, ce gentil paiement de sa bravoure... Ce n’était pas un bien gros larcin fait au gendarme! Maurin déjà avançait les lèvres pour atteindre celles d’Antonia. Et comme il restait un peu court, elle se tourna un tout petit peu vers lui... Leurs yeux se rencontrèrent et Tonia en éprouva une telle secousse qu’elle comprit que donner le baiser, c’était trop! Et elle s’était dégagée de lui, non sans regret, mais par grande honnêteté, quand, sur le pas de la porte ouverte, parut son père, Antonio Orsini.