On entendait maintenant le bruit d’un double trot...—Ils arrivent! les voici!

Dans le carré de lumière que dessinait sur la poussière du chemin la porte ouverte de l’auberge, les deux puissantes bêtes sans cavaliers s’arrêtèrent tranquillement.

Les gendarmes aussitôt furent en selle.

—Où allez-vous à cette heure? leur cria-t-on. Croyez-vous que Maurin vous attende sur la route? Il doit être en plein bois,—de sûr! Attendez ici jusqu’à demain!

Les gendarmes n’entendaient plus rien.

Persuadés que la grande ruse de Maurin serait de regagner tranquillement sa maison, comme le dernier endroit où l’on songerait à le rencontrer,—ils galopaient vers Cogolin et Grimaud. Là, dans la plaine marécageuse, à cinq cents pas de la mer, au bord du golfe, Maurin avait une maison à lui. C’était une cabane en planches de pin. Cette cabane, les gendarmes la connaissaient... Et ils galopaient.

Les buveurs rentrèrent dans la grande salle de l’auberge: on pourrait veiller un peu tard, c’était un samedi. Pas besoin de se lever de bonne heure le lendemain, le dimanche n’étant pas pour les chiens, mais pour les chrétiens.

Or, qu’étaient devenus les deux braconniers?

Après avoir galopé «une lieue de chemin», Maurin et Pastouré, modérant leur allure peu à peu, s’étaient mis au pas, puis s’étaient arrêtés:

—M’est avis, avait dit Maurin, qu’il faut maintenant qu’on nous croie bien loin, retourner en arrière.