—Mais il y a une autre porte! dit-il. Et il se précipita vers la cuisine...

A peine dehors, Maurin s’était trouvé nez à nez avec Pastouré, attentif à la querelle non loin du seuil et prêt à lui porter secours. Le fidèle Pastouré s’était informé de Maurin à la cantine du Don où il était venu le rejoindre.

Au moment où il avait vu Maurin fermer à double tour la porte de la maison forestière, Pastouré s’était dit tout haut: «Complétons la farce!» Et il s’était rué vers la seconde porte, celle de la cuisine, qui donnait sur le derrière de la maison. Il l’avait fermée aussi et il avait, de plus, arc-bouté, contre les deux portes, deux énormes madriers qui traînaient par là...

A présent, Pastouré et Maurin dévalaient les sentiers, tandis que, furieux, le gendarme Alessandri, enfermé dans la maison forestière, et las d’avoir battu les portes, présentait sa figure irritée à travers les barreaux de fer des fenêtres en appelant à l’aide.

—Les gens de la cantine, lui disait tranquillement Orsini, ne seront pas ici avant vingt minutes, s’ils viennent tout de suite... Et il est bien possible qu’ils veuillent laisser à Maurin le temps de faire un peu de route... mais, même si on vient vous ouvrir tout de suite, Maurin a déjà trop d’avance sur vous. Il est sauvé, pour cette fois... Eh bien, tant mieux, il ne sera pas dit qu’on l’a arrêté chez nous, au lieu de le récompenser du service qu’il m’a rendu... Ce qui est sauvé avec lui,—crois-moi, Alessandri, ma fille a raison, c’est l’honneur des Corses! Et Maurin a dit vrai: en emprisonnant Napoléon, les Anglais se sont pour toujours déshonorés!

Comme l’avait prévu Orsini, les gens de la cantine, mis au courant en quatre mots par le brave Pastouré, donnèrent à Maurin le temps de gagner au large,—avant d’aller délivrer le gendarme auquel on n’épargna ni lazzis ni quolibets.

—Eh! Eh! mon bon, disait un vieux bûcheron au pauvre Sandri qui grinçait derrière les barreaux de la fenêtre, eh! eh! Maurin des Maures est un gibier facile à manquer... Tu n’es pas assez dégagé, gendarme!... Il y a des perdreaux qui, de remise en remise, arrivent vivants à la fermeture de la chasse. Sans ça, pechère! la race, vois-tu, s’en perdrait et ce serait malheureux.

Vers le soir, Orsini entendit sa fille chanter dans le bois voisin.

—Allons, tant mieux! dit-il. Elle n’a pas de chagrin.

Elle chantait la Gallinette: