—O voleur dé Diou! De m’avoir fait manquer ce coup-là, mendiant dé Diou! brigand dé Diou!

Ces injures proférées par sa bouche, Pastouré les entendait avec ses oreilles: la vue de son poing toujours tendu vers le zénith l’excitait toujours davantage. Et tous ces signes sensibles de sa colère lui rendaient de plus en plus irritant le silence de la puissance hostile qui ne daignait même pas lui répondre!

Elle continuait à se moquer de lui.

Ça ne pouvait pas se passer comme ça... Le vertige de l’indignation l’emporta... Pastouré, arrivé au paroxysme de la rage, bondit subitement sur un pin qu’il escalada, prompt comme un écureuil, avec l’audace d’un Titan à l’assaut de l’Olympe, et, du haut de son arbre, son fusil au poing, Pastouré le silencieux, l’inimitable Parlo-Soulet, cria vers Dieu:

—Il me reste un coup, brigand! Descends un peu si tu l’oses! que, tu le vois, j’ai fait la moitié du chemin!

Rien ne se montra. Dieu évidemment n’osait pas, et Pastouré, par bravade finale, visant le ciel où se cache la puissance suprême, tira son coup de fusil aux nuées!

Maurin riait à en mourir. Et le soir à l’auberge, devant Pastouré redevenu silencieux, le roi des Maures racontait la chose à son ami l’aubergiste.

Il n’y voyait, lui Maurin, comme Pastouré, que la mise en action bien naturelle d’un mécontentement de chasseur... Mais un commis-voyageur bien pensant, qui dînait à une table voisine, jugea bon de se scandaliser et il alla, son repas achevé, conter ce sacrilège à de vieilles dévotes, ses clientes, marchandes de denrées coloniales. Grâce à ces ragots, le lendemain, jour de la Saint-Martin, les deux amis Maurin et Pastouré furent regardés de travers par tous les bien-pensants du Plan-de-la-Tour. Il y a vraiment des gens qui ne comprennent rien de rien!


CHAPITRE XXX