On avait annoncé aux dévotes la visite de Tonia.
Un jeune ami d’Orsini, passant par là deux jours auparavant, les avait priées d’être aimables pour la Corsoise et de veiller sur elle. Elles la reçurent comme si elles l’eussent toujours connue.
—Comme ça, vous allez à Notre-Dame-des-Anges? C’est un vœu? oui! Pieds nus? Oh! ne faites pas ça! Ni les saints ni le bon Dieu n’exigent qu’on se rende malade.
«Dans cette saison, un mauvais rhume est vite pris.
«Songez qu’il y a en ce moment un gros passage de bécasses et que cela est marque de grand froid... Pourquoi avez-vous fait un vœu?
«Nous vous demandons ça, mais ça n’est pas pour le savoir, pechère! ça ne nous regarde pas. C’est pour «de dire», pour parler, pour le demander enfin.
«Quelque amourette, pardi, nous connaissons ça. Mais ça passe. Les hommes n’en valent pas la peine. C’est égal, ce n’est pas du bon sens, même pour prier Dieu, de s’en aller seule dans les bois comme ça!
—Je n’ai pas peur, dit Tonia.
Elle tâtait sous les plis de son corsage son stylet corse.
—Tu n’as pas peur, mais il ne faut qu’une fois, ma belle, pour que «le malheur» arrive aux filles! Enfin, ça te regarde... Si tu avais prévenu d’avance, on aurait pu trouver quelque femme pour t’accompagner. Mais, de ce moment, elles travaillent toutes aux châtaignes. Ce soir, on te donnera la chambre près de la nôtre. En attendant, pour ton dîner, tu auras de la soupe grasse, avec des vermicelles, puis le bœuf bouilli, puis le bœuf en daube, puis des côtelettes, puis des becs-fins rôtis, puis du lièvre; nous n’avons pas davantage, pechère! Après ça, tu auras un chou farci, puis le fromage et le dessert: des figues, des châtaignes et des confitures. Et si, avec ça, tu n’as pas ton compte, c’est que tu es difficile. Et tout à se lécher les doigts!