—A mon ami Caboufigue, qui, pas plus tard que ce matin, m’a un peu tapé sur le ventre.

—Eh bien? interrogea le jeune comte charmé.

—Eh bien, dit Maurin froidement, sur le ventre c’était, monsieur le comte, l’impertinence d’un bourgeois... Je le lui ai dit, ou du moins j’ai tâché de lui faire entendre.

—Maître Maurin, dit le comte, touchez là. Vous êtes un homme; et tout ce que j’ai fait n’était que pour vous éprouver. Pardonnez-moi. Et quand vous voudrez un faisan qui vous aura été commandé, venez le tuer dans mon île. Je vous donne ma parole que vous avez un ami.

—Monsieur le comte, dit Maurin avec noblesse, j’accète (j’accepte) et je vous donne ma parole que vous ne vous repentirez pas de votre bonté... Au lieu de manger du faisan les gens de noce à l’avenir mangeront du lièvre... Je suis fier d’être votre ami, pourquoi vous êtes un brave homme... C’est drôle, vous m’avez remué le sang.

Il secoua la main que lui tendait le gentilhomme, en ajoutant:

—Les opinions ne doivent pas empêcher les sentiments.

Il prit le plus beau des trois faisans, le déposa sur le pont et dit: «En vous remerciant!»

Et comme il avait déjà le pied sur l’échelle, il revint sur ses pas, secouant la tête:

—Puisque nous sommes une paire d’amis, monsieur le comte, j’aurais tout de suite quelque chose à vous dire... Il faut saisir les occasions.