Alors Maurin, le grand chasseur, saisi lui aussi d’une colère sans nom, Maurin exaspéré, furieux, hors de lui, Maurin le roi des Maures, prit son vieux fusil par le milieu du canon et sur la margelle du puits, à tour de bras, il en brisa la crosse... «Boum!» cette fois le coup partit, faisant retentir l’écho des collines à deux lieues à la ronde!
Et pendant qu’à ce bruit qu’il aime, Hercule, visionnaire et sûr de la proie, court la chercher en vain, une chose extraordinaire se passe entre Maurin et son vieux fusil. La crosse, rompue, séparée du canon mais rattachée encore par la courroie à ce canon que tient Maurin, tournoie suivant l’élan que lui a imprimé le geste violent du chasseur... la courroie autour de son cou fait deux tours, le serre avec violence, et le bois de la crosse lourdement vient frapper au front l’homme qui, étourdi, vaincu, tombe, ne sachant ce qui lui arrive! Et tandis que, aussitôt relevé, il s’efforce, avec ses deux mains nerveuses, de désentortiller la courroie qui l’étrangle, que voit-il tout à coup? Il voit, à ses côtés, deux gendarmes narquois qui lui disent:
—Au nom de la loi!»
Maurin, le front un peu saignant, s’était relevé. Il regarda ses deux adversaires et tranquillement dit:
—Ne faites pas les fiers! que je me suis bien arrêté moi-même.
Les gendarmes semblaient embarrassés de leur capture. Cet événement leur semblait si imprévu! Il les dépassait! Et ils se taisaient comme surpris de leur propre audace, embarrassés de leur succès.
Alors Maurin se mit à rire:
—Vous avez maigri, Sandri, depuis notre dernière entrevue... Les pommes d’api se flétrissent.
Au bruit du coup de feu, Pastouré avait mis le nez dehors. Il n’eut pas de peine à deviner ce qui s’était passé, et sans étonnement, rentrant dans le cabanon, il en ressortit aussitôt, portant à Maurin son carnier:
—Té, dit-il, que tu n’as pas déjeuné. J’ai mis là-dedans le lapin entier et cuit à point, et tout ce qu’il faut. Bon voyage.