A mesure que parlait son père, elle sentit tout le péril où elle s’était mise en laissant voir toute sa douleur. Elle essuya doucement ses larmes, faisant, au dedans d’elle-même, un grand effort pour demeurer tranquille; puis, calmée en apparence:

—Mon père, dit-elle, je ne vous ai plus parlé de lui parce que je me croyais guérie de ma peine; je n’y pensais plus autant, mais c’est bien vrai que, de nouveau, j’y pense toujours; bien vrai que si ce Maurin était à la place de Sandri, je serais heureuse sans nul regret; bien vrai aussi que je suis toujours reconnaissante du service qu’il m’a rendu, et que ce m’est un crève-cœur de savoir un tel homme en prison et qu’on l’y traîne les mains liées. Et quand je songe qu’ils vont passer par ici tout-à-l’heure... avec lui!

Elle regarda à travers les vitres et poussa un cri:

—Les voilà!

Elle se recula vivement, pour ne pas voir Maurin qu’elle supposait avec les gendarmes dont elle venait d’entrevoir l’uniforme à travers les pins...

Sandri pensait bien reprendre ses chevaux où il les avait laissés, à la cantine du Don, sans entrer chez Orsini, pour n’avoir pas à confesser la ridicule aventure qui venait de lui arriver, mais il comptait sans son futur beau-père qui lui cria:

—Sandri!... Ce n’est donc pas vrai, ce qu’on raconte, ou bien avez-vous confié à ceux de Collobrières l’honneur de conduire l’homme où il faut?... Arrive et entre un peu, qu’on boive un coup en parlant de cette affaire!

Force fut à Sandri d’accepter l’invitation.

—Bonjour, Tonia! fit-il... vous avez les yeux bien rouges?

—C’est que je viens, dit-elle, de hacher des oignons.