Maurin haussa les épaules.

—Vous n’avez donc pas regardé le ciel? Avant un quart d’heure, il tombera «des pierres de moulin!» Si mes gaillards ne connaissent pas la montagne, ils sont fichus de se noyer comme de jeunes perdreaux dans un trou de roche. S’ils s’abritent dans une cabane de charbonnier,—alors, ils s’en tireront. Sinon, ils crèveront d’une fluxion de poitrine, «croyez-le-vous»... En attendant, prévenez M. le maire. Il me faut quinze ou vingt hommes pour garder tous les «pas». J’attraperai mes trois loups comme dans une souricière.

Justement le maire entrait, en voisin.

C’était un homme de taille moyenne, à la barbe et aux cheveux gris, l’air énergique et bon, l’œil franc sous des lunettes étincelantes. Né dans ce pays qu’il aimait avec passion, M. Cigalous, pharmacien, était une figure vraiment digne de toutes les sympathies. Idéaliste inconscient et incorrigible, épris de liberté, de justice et de bonté, M. Cigalous voyait en beau les hommes et les choses. Cela lui servait à faire des ingrats sans s’en apercevoir, mais aussi à transformer en un pays habitable sa petite ville isolée et perchée dans un creux de la montagne d’où elle domine le Lavandou et la mer, avec les îles d’Hyères pour horizon prochain et le grand large pour perspective.

M. Cigalous, figure d’un autre âge, cœur enthousiaste, optimiste incurable, bienveillant à priori, s’intéresse à la vie de chacun des hommes de son pays. De là, sans doute, sa grande influence locale.

—Tiens! c’est toi, Maurin! dit-il, que viens-tu faire dans notre ville?

—Ce que je venais faire, Monsieur le maire, un autre jour je vous le dirai. J’étais venu pour vous demander de parler de moi, avantageusement, à quelqu’un d’ici... à M. Rinal. Je veux faire donner à mon enfant «un peu de leçons».

—Je suis à ton service.

—Mais laissons ça pour le quart d’heure, dit Maurin... Voici la chose dont il est pour aujourd’hui question.

Et il expliqua son idée de battue.