Les deux autres malandrins, ceux qui étaient armés, parvinrent à se perdre dans la broussaille; Sandri disait: «dans le maquis».
Quand le sanglier est abattu, on coupe une branche de pin à laquelle on le suspend lié par les pattes, et que deux hommes portent sur l’épaule. On coupa, cette fois, non pas une mais deux branches; on attacha, selon l’usage, à chacune des deux barres deux des angles d’un drap de lit qu’un chasseur alla prendre chez les gardes-forêts; et au fond de cette sorte de hamac profond, balancé au pas égal des porteurs, le mort dont on voyait les formes tassées et inertes, redescendit vers la cantine du Don.
Cette cantine du Don, toute voisine de la maison forestière, n’est pas éloignée du point d’intersection des deux chemins d’Hyères à Cogolin et de Bormes à Collobrières. On comptait déposer là le mort qu’une voiture viendrait prendre.
Le cortège rencontra les gendarmes d’Hyères et ceux de Bormes, tous également embarrassés de leur personne et mal d’accord sur la direction à prendre.
Maurin, dès qu’il les eut aperçus, ordonna au gros de sa troupe de continuer à descendre et d’accompagner le «pauvre Crouzillat» jusqu’au lieu fixé. Pour lui, que le géant Pastouré ne quittait pas d’une semelle, il s’arrêta avec le maire pour expliquer l’aventure à MM. les gendarmes, et leur remettre son prisonnier.
Il n’avait pas envie de rire et il ne lui vint pas à l’esprit de plaisanter Alessandri qui le regardait de travers, d’un air féroce.
Quand il eut fini son explication:
—Si vous aviez pris notre conseil, dit Alessandri, vous n’auriez pas fait tuer un de vos hommes.
Maurin, à ce moment, fut indigné. Il ne vit pas Tonia, qui accourait derrière lui, tout essoufflée, la main sur sa poitrine haletante, et il cria, tourné furieusement vers le gendarme Alessandri:
—Oh! bougre d’âne, vous me feriez dire! (pardon, excuse, monsieur le maire) mais aussi, c’est trop fort!... J’ai fait toute la besogne de ces individus (il désignait les gendarmes)! J’ai arrêté un des trois coquins qu’ils poursuivaient si joliment, il y a deux jours, avec le derrière sur la chaise, dans l’auberge des Campaux; sans moi ils n’auraient pas été fichus seulement de deviner où le gibier était caché. On les a fait prévenir hier de notre expédition;—la balle qui a tué l’homme m’a troué la veste;—et voilà ma récompense! Vous me faites suer, tenez! Vous êtes encore, vous autres, comme les gardes champêtres qu’on charge d’arrêter les chiens enragés. Des enragés, ils en ont peur, ils n’arrêtent que les braves chiens de leur connaissance. Vous avez donc bien besoin d’un procès-verbal, à cette heure? Il vous en faut, pas vrai, à votre moment, pour avoir de l’avancement?... On connaît la farce! mais Maurin est un homme, vous entendez! Et quand il a pour lui l’idée qu’il est dans la justice, il se fiche un peu des juges! Voilà, si vous voulez la connaître, mon opinion en quatre paroles, espèce d’enfariné!