Maurin était un beau gaillard de trente-quatre ans. Maurin avait fait son service militaire comme marin. Il ne parlait à peu près jamais de cette période de sa vie. Et s’il était forcé d’en faire mention, c’était invariablement dans ces termes: «Du temps où je n’étais pas libre.»
Cependant, il avait pour le métier de marin une admiration sans égale, et, en toute occasion, il la manifestait hautement à sa manière. Il disait, par exemple: «Courbet est un bougre. En voilà un homme!... Ah! s’il n’y avait que des marins sur la terre!»
Au service, il avait appris, d’un matelot amateur, à tirer à l’épée. Elancé, adroit, nerveux, il était devenu très vite un tireur passable.
Au retour du service, ayant fait à Cogolin la connaissance d’un ancien prévôt, il avait travaillé avec lui passionnément et il était devenu, en peu d’années, son égal.
A Saint-Raphaël, Pons l’aîné, tireur émérite, citait Maurin comme un maître respectable. Rien de singulier comme l’élégance native de ce Maurin, de ce braconnier illettré, qui, l’épée en main, eût fait l’admiration de plus d’un gentilhomme friand de la lame. Cette supériorité de tireur l’anoblissait à ses propres yeux, car il se sentait capable de se mesurer, sur le terrain des terrains, avec n’importe qui.
Maurin soutenait, du produit de sa chasse, sa mère devenue vieille. S’étant aperçu qu’avec des prodiges de célérité, d’attention, d’observation, d’adresse, de ruse et de force, il parvenait à «tirer la vie» du prix de son gibier, il avait peu à peu renoncé à son double métier de bouchonnier et de paysan.
A dix-huit, à vingt ans, puis à vingt-cinq, certes, il plaisait aux filles, mais moins qu’aujourd’hui, par exemple! Car aujourd’hui, il n’était pas seulement un bel homme dans tout le développement de sa force bien visible, il était aussi Maurin, le roi des chasseurs, le célèbre, le flambeau comme on disait; bref, il était Maurin des Maures.
Quand il se parlait de Maurin, Pastouré répétait:
—D’hommes comme ça, on n’en fait plus. Le moule est cassé. C’est encore un peu un homme de l’ancien temps, du temps où les bastidanes achetaient leurs jupes chez le drapier de leur endroit,—au lieu de les faire venir de Paris pour imiter les grosses madames.