La voix de Pastouré résumait le sentiment unanime.

Le petit discours avait donc produit grand effet. Et Maurin retenait, au coin de ses yeux, une larme qui se décida à couler, lorsqu’à la sortie du cimetière, tandis que toutes les mains pressaient la sienne, il vit venir, boîtant avec sa légèreté élégante, le vieux savant Rinal qui, de loin, lui fit, de sa canne levée, un signe d’amitié.

Le discours du préfet fut commenté pendant plusieurs jours. Alessandri qui, le lendemain, lut ce discours dans les journaux de Toulon, se sentit distancé et résolut de faire à Tonia sa déclaration amoureuse le plus tôt possible. Et en pensant à la manière dont il s’y prendrait, il fourbissait avec rage les boutons de son uniforme et la plaque de son ceinturon.

—C’est égal, se disait Pastouré, je n’aime pas les honneurs; plus on en a, plus on a d’envieux et de méchants à ses derrières. Le préfet est content, mais le gendarme est vexé. Le préfet est dans la préfecture et le gendarme vit sur les routes; je ne rencontre jamais le préfet, je peux rencontrer le gendarme tous les jours; ça me tourmente... Enfin, qui vivra verra!


CHAPITRE XIII

M. Cabissol explique le rôle du chapeau haut de forme considéré dans ses rapports avec le jeu de boules et, à propos de la pluie et du beau temps, répète le sermon aimable que fit un bon curé pour la fête de Sant-Estròpi.

M. Désorty et M. Cabissol repartirent ensemble pour Draguignan. Quand ils furent installés dans leur wagon:

—Eh bien, mon cher monsieur Cabissol, dit le préfet, il me semble que vos calmes Méridionaux ont secoué leur indolence dans cette aventure-ci.

—Ils sont indolents à la façon des poètes, mon cher préfet; sobres comme l’Arabe, et dédaigneux de l’effort qui accroîtra leur bien-être, mais, ne vous y trompez pas, actifs, résistants et hardis, dès qu’il s’agit de prendre part à une «aventure» qui met en mouvement leur imagination.