En riant, elle disait au cheval:—C'est un gueux, ton maître.

Pendant ce temps, dans l'église, Pastorel était bien distrait!

A genoux devant le prêtre, qui lui parlait de ses devoirs envers Zanette, sa femme, il pensait à Rosseline, sa maîtresse.

Rosseline l'avait ressaisi tout à l'heure, d'un regard. Il avait, sous le coup d'œil ensorcelé qu'elle lui avait lancé, frémi dans tout son être; Zanette ne s'y était pas trompée.

Et voici qu'au moment solennel où il s'engageait à aimer Zanette, une enfant... une véritable enfant,... à l'aimer comme sa femme, à la protéger en toute occasion, toute la vie, voici qu'il s'effrayait,—se jugeant incapable de demeurer fidèle à un tel engagement! Pour sûr, il irait encore à l'autre, à celle qu'il détestait d'amour, à celle qui l'attirait haineusement, et qu'il sentait bien la plus forte!... N'aurait-il pas mieux fait de ne pas se marier?...

«A quoi bon ces pensées... c'est trop tard maintenant!» se dit-il. Et il détourna son esprit de sa destinée; il fit comme ceux qui, menacés d'une mort inévitable, ferment les yeux....

La cérémonie achevée, quand Pastorel voulut reprendre son cheval, la bête enragée résista. Elle refusa absolument de se laisser monter.

Habitué à ses folies:

—Nous verrons bien! dit Pastorel, attendez-moi un peu, les amis, cinq minutes seulement.

Furieux de voir sa volonté mise en échec par son cheval, et ce jour-là, sous les yeux de toute la ville, Jean le prit par la figure et l'emmena vers le champ où se tient à l'ordinaire le marché aux chevaux, aux Aliscamps—dans l'allée sablonneuse et isolée que bordent les sarcophages antiques, près de la chapelle de Notre-Dame-des-Guerres, et de celle que Saint Trophime dédia à la Vierge encore vivante, c'est-à-dire à Notre-Dame-d'Amour, Deiparæ adhuc viventi.