—Merci, les amis, je vous attendais, dit-elle aux gardians. Dépêchons. Mon père est absent, je sais qu'il ne voudrait pas, mais le cheval à présent est mien... et la mère de Jean et moi, sa mère et moi, toutes deux... nous sommes d'accord.

Les messieurs étaient venus en charrette anglaise.... Ils regardaient et sentaient un bizarre malaise en eux. Cette femme, si petite, avait un air de résolution farouche, de douleur irritée, de cruauté vengeresse.

Elle les quitta un instant et revint tenant le Sultan qu'elle avait voulu détacher elle-même dans l'écurie, sans terreur, sans prendre aucune précaution.—«S'il me tue, disait-elle, tant mieux! je rejoindrai Jean...»

—Le cheval, le voilà! Regardez-le bien, dit-elle.... Vous pouvez le regarder....

Elle l'attacha à l'arbre où, d'ordinaire, l'attachait son maître. Le Sultan inquiet, se rappelant sans doute le mauvais coup qu'il avait fait, sachant peut-être par lui-même que la vengeance est attisante, pointait et renâclait. Il tirait sur la corde, à la rompre.

Les visiteurs le regardaient avec admiration. C'était en effet une admirable bête, le cheval même de Saladin.

—Cinq mille francs! dit l'officier tout à coup, plein de convoitise.

Alors, toute pâle, sa petite lèvre frémissante, l'œil dur:

—Il a tué mon fiancé: il doit mourir! dit-elle, je suis pauvre, mais il mourra. Morte la bête, mort le venin!

Elle avait pris le fouet de la voiture, en signe de mépris.