—Il en a donc sept aujourd'hui, et tu connais le proverbe sur les âges du cheval?
—Oui, oui: sept ans pour mon ami, dit l'Arabe, sept ans pour moi, sept ans pour mon ennemi.
—Sultan est donc en pleine vigueur, et beau comme un cheval de roi! Eh bien, il a tué, avant-hier, d'un fameux coup de pied, Sigalas, le gardian, qui voulait le prendre. Depuis un an, il a blessé, plus ou moins gravement, trois hommes. Avec ce Sigalas, ça fait quatre!
—Eh bien? interrogea Martégas.
—Eh bien, il a blessé encore cette année, deux poulains et une cavale, il est méchant comme une gale, ce Sultan. Et le maître a fait dire, hier, qu'à celui qui parviendrait à monter Sultan, il le donnerait en cadeau, il s'est décidé à ça. Il veut se débarrasser du cheval, mais comme il l'aime au fond, il voudrait le donner à un maître qui sache se faire obéir et qui le garde. Les gardians se plaignent tous les jours du cheval, disant qu'à chaque instant il détourne, ce cheval du diable, la manade des pâturages où on veut qu'elle demeure. Il attaque même les taureaux, jouant à les mordre, à les battre, à se cabrer pour laisser retomber sur eux ses pieds, de tout son poids et, s'ils prétendent se fâcher, il leur casse, aussi bien, les jarrets d'une ruade.
...Eh bien, Martégas, vas-y. Prends le cheval... tu reverras ainsi la fille puisque tu es forcé de t'adresser au père.... Et quelque jour tu enlèveras Zanette sur ce Sultan devenu tien. Que dis-tu de l'affaire, hé?... je n'y vois qu'une chose contre, c'est que le père t'a fait chasser... il ne voudra peut-être pas que tu gagnes le cheval?...
—Il aura peur de moi: il voudra! fit Martégas; j'irai dès demain! Sur ce cheval-là, un jour, comme tu dis, foi de gardian, Cabrol, je lui enlèverai sa fille! on verra ça!