—Et à qui donc, ma toute belle? Il n'y a pas un chat dans la rue. Regarde. Tout le monde est au marché ou sur la Place des Hommes... c'est samedi. Où vas-tu si vite?

—Je retourne chez nous; mon père m'attend. Mais... je ne vous reconnais pas.

—Et tu as, pour cela, mignonne, la meilleure des raisons. C'est que tu ne m'as jamais vue. Mais moi, je te connais bien, ou du moins je le crois!

—Vous me connaissez?

Machinalement Zanette fit tourner bride à son cheval et se rapprocha de la dame.

—Eh! oui... n'es-tu pas cette fille que nous avons saluée comme la reine des fêtes, il n'y a pas longtemps, aux dernières courses des plaines de Meyran?

Zanette rougit et murmura quelques mots inintelligibles.

—Tu ne vas pas dire non, j'espère. Tiens,... je vois une chose que tu vas perdre, si tu n'y prends garde... une chose qui me parle, que pour sûr tu veux cacher et qui se montre entre le velours et la coiffe de ton bonnet.... N'est-ce pas là, dis-moi, ma belle, la cocarde que t'a donnée, au beau milieu de tant de monde, le gardian Jean Pastorel?

Zanette avait eu un geste rapide, involontaire; elle avait porté la main à sa coiffure, et si brusquement qu'au lieu de saisir la jolie cocarde, cher souvenir du jeune homme, elle la fit tomber.

—Oh! mon Dieu! murmura-t-elle.