—Ah! si ce Pastorel m'avait traitée ainsi, comme je l'aurais aimé, lui!
[XII]
LA POURSUITE.
Martégas ne tarda pas à apercevoir, loin devant lui sur la route, la petite cavalière.... Tout de même elle avait eu une demi-heure d'avance, et il ne la joignit qu'après avoir couru près de deux lieues.
Par bonheur pour elle, elle ne s'était point trop hâtée, trottant et marchant au pas tour à tour, et sa bête était reposée. Ces allures convenaient à sa réflexion triste mais non pas irritée.
Ainsi, ce Pastorel aimait cette femme?... Et pourquoi non? N'était-ce pas son droit? La galanterie qu'il avait faite à Zanette, le jour des courses de Meyran, prenait tout à coup son vrai sens aux yeux de la petite. Elle allait jusqu'à deviner une querelle entre cette femme et lui, un mouvement de dépit, et c'était pour affronter cette autre qu'il était venu la chercher, elle Zanette, la prendre par la main devant tout le monde, lui donner la cocarde bleue... qui maintenant s'en était allée, tombée au ruisseau, flétrie, noyée, perdue comme son rêve d'un jour....
Elle avait par instants envie de pleurer, mais elle était vaillante et puis... un rêve n'est pas un sentiment. Elle avait rêvé, voilà tout. Son désir d'aimer, son désir de la seizième année s'était posé un instant sur ce Pastorel, mais en vérité non, elle ne l'aimait pas encore. Pourquoi l'eût-elle aimé?...
Ce qui lui faisait le plus de peine, après tout, c'est qu'une si vilaine femme l'eût, dans la rue, arrêtée, injuriée.... Et Zanette avait l'impression de s'être heurtée à une de ces mauvaises figures qui, dans les songes, vous oppressent, vous empêchent de respirer, de courir, de vous éloigner d'elles à votre guise. Elle avait peur maintenant, seule en présence de ce souvenir, bien plus que tout à l'heure devant la réalité!...
Elle se disait que ce n'était pas fini, que cette femme inconnue aurait une influence sur toute sa vie. Comment? Elle ne savait pas.