Alors Zanette comprit. Une brusque terreur entra dans son petit cœur. Elle n'en laissa rien paraître, seulement, son talon battit involontairement et nerveusement le ventre de Griset qu'elle dut retenir. C'est le même instinct qui fait s'entr'ouvrir les ailes de l'oiseau effarouché,—mais il les referme bien vite, si le renard, en arrêt, le guette. Il espère encore échapper en se rasant, ou en glissant sous les herbes.
Le cheval de Martégas se rapprocha de celui de Zanette. Le bouvier prit dans sa main énorme le tout petit bras.
—Une enfant! dit-il tout bas.
Elle eut envie de lui couper la figure avec sa cravache de cuir. Elle comprit qu'il valait mieux se contenir encore et ne pas fuir surtout. Elle était à sa merci.
Martégas s'animait. L'ogre apprêtait ses dents.
Elle ne savait plus que dire. Elle gardait un silence farouche, cherchant, dans sa tête, comment elle pourrait prendre assez d'avance pour essayer utilement de la fuite. Si elle lui demandait à boire? il descendrait de cheval pour aller à un puits.... Pendant ce temps elle effraierait le cheval de Martégas et elle partirait au galop....
La petite vaillante était épouvantée, comprenant bien qu'il ne tomberait pas dans ce piège enfantin.
Et elle faisait partager involontairement ses émotions à Griset qui doublait le pas.
—Pas si vite, que diable! dit Martégas.
Il avait la face congestionnée, les pommettes toutes rouges, luisantes sous la peau tendue, comme lorsqu'il était ivre.