L'homme oubliait la bête.... Il se décida pourtant à l'attaquer, avança contre elle, la lance en arrêt, la piqua au front, mais le cheval n'ajoutait pas, comme à l'ordinaire, à la force du coup de trident, celle du poids et de la vitesse. Le taureau ne recula pas d'un pouce; il ne se détourna même point et fit au contraire un nouveau pas en avant.
C'est le cheval qui dut reculer.
Le gardian cria:
—Vous voyez! c'est comme j'ai dit. Nous n'en finirions pas. Allez à terre!
Et, tournant le dos à la fille, il regardait vers le large, surveillant la bête.
Il n'y avait pas à faire de conditions, à établir de pourparlers; il fallait obéir; mais Zanette s'était éloignée de ses vêtements, dont le gardian, au contraire, se trouvait rapproché.... Et c'est le taureau qui était leur maître!... Elle en prit son parti, courut à terre le plus vite qu'elle put, dans un éclaboussement d'étincelles d'eau. Elle songea bien à passer derrière la dune, mais il faudrait la repasser, se hisser deux fois sur ce piédestal de sable.... Cela valait-il mieux? Elle ne le pensa pas, et prit sa course, le long de la plage. L'attention du taureau se détourna du cheval; il suivait des yeux cette petite forme humaine qui courait.... Inquiet, il se rapprocha du rivage et d'elle. Le gardian dut le suivre, s'interposer entre la terre et lui, le repousser dans la mer, mais, dans ces mouvements, plusieurs fois le jeune homme put voir la jolie fille, à demi nue maintenant, qui, en toute hâte, se rhabillait.
Déjà, le jour des fêtes aux plaines de Meyran, il avait trouvé que Zanette était la plus jolie; il n'avait donc aucune peine à la trouver, comme ça, plus jolie encore!
Ils laissèrent le taureau dans les vagues. Zanette, prise en croupe, retournait vers les Saintes.
Pastorel allait au pas, car la route était trop courte... trop courte vraiment. Et Zanette lui contait comment et pourquoi, pendant ce temps-là justement, maître Augias le cherchait.
Et Jean sentait un petit bras, un peu tremblant encore de crainte et de honte, qui s'accrochait à lui.