—Non! dit-il, chacun des deux pourrait faire du tort à l'autre. Il faut être libre de ses idées en pareille affaire, et de ses mouvements.... Travailler ensemble à prendre le cheval ce serait se gêner, se contrarier, et l'on n'en finirait plus, ensuite, de se faire des reproches.

—Tu commenceras donc, Jean! dit le vieux.

—J'ai dit ce que j'ai dit. Martégas commencera.

Pastorel, qui connaissait à peine Martégas, le jugeait trop pesant pour pouvoir évoluer à cheval avec la rapidité, la souplesse, la brusquerie nécessaires ce jour-là.

Martégas se jugeait de même. De plus, il ne trouvait pas en assez bon état son propre cheval, depuis la chute de l'avant-veille.

—Eh bien, dit-il, écoutez. Je commencerai le premier, ce sera mon avantage. En échange, j'aurai pour désavantage d'être à pied. Si je parviens à toucher de ma main le cheval qu'il faut prendre, sans parvenir à le lier aussitôt, ce sera le tour de Pastorel, et de même il en sera pour lui.

Ainsi fut convenu, malgré Augias, sur les instances de Jean.

Jean avait l'air plein de confiance, et cela réjouissait Zanette, qui, comptant bien aussi sur Notre-Dame-d'Amour, regardait le séden de Jean se balancer à l'arçon.

Quelques minutes plus tard, Zanette et son père, Jean Pastorel et Marius Martégas, tous les quatre, galopaient dans la vaste plaine à la recherche de la manade....

Sournoisement, la petite fille comparait Pastorel à Martégas, et souriait, contente.