Il fallut, bon gré, mal gré, quitter la partie.
[XXI]
LE PLAT DE LENTILLES.
Il revenait souvent à la ferme de la Sirène, Jean. Il arrivait, fier, monté sur le Sultan. Il ne l'enfermait jamais; il l'attachait à un arbre, fortement, avec le séden. Le tronc de l'arbre, un vieux tamaris, à un mètre du sol se divisait en trois maîtresses branches. Dans l'enfourchure, Jean, un moment avant de repartir, plaçait un peu d'avoine. Il détachait Sultan avant que l'animal eût fini de manger, se mettait en selle par surprise et disparaissait bientôt, suivi du regard de Zanette.
Jean, de taille moyenne, mais plutôt grand que petit, sec, nerveux et très vigoureux, se plaisait à voir cette jeune fille, mignonne comme une véritable enfant. L'idée de la soulever entre ses mains, pour élever le joli visage jusqu'à sa bouche, lui était venue vingt fois. Et puis, il ne pouvait la regarder, ses yeux ne tombaient pas sur les yeux de Zanette, sur l'entre-bâillement des fichus, où un peu de la poitrine se laissait voir, doucement remuée par le souffle égal, sans qu'il se rappelât le jour où il l'avait surprise habillée seulement d'eau et de blanche écume, puis, au sortir des vagues, courant sur le sable, toute blanche et toute emperlée de gouttelettes d'eau qui étincelaient au soleil.... Il revoyait toujours cela et jamais, non jamais encore, il ne lui en avait parlé.
—C'est vous, monsieur Jean?
—Oui, demoiselle; où est votre père?
—Au travail, là-bas.
—Je venais lui montrer le cheval. Il est sage comme une image.