Et lui, dans les cheveux ras de sa nuque, sentit le souffle de la stryge courir, et un frisson chaud descendre à ses pieds qui, nerveusement, touchèrent les flancs de sa bête. Renaud tremblait. Toute sa passion l’avait ressaisi. Il sembla qu’un ouragan entrait dans l’homme et dans le cheval. Ils s’enlevèrent.

Renaud croyait tenir une proie, mais il était la proie lui-même, et il emportait la sorcière enroulée à lui,—comme parfois le milan des marécages, la couleuvre dont il se croit maître, mais qui, dans ses nÅ“uds, l’étranglera.

XXI

Ils galopaient. A chaque temps de galop, Renaud se sentait, par le bras de la fille, doucement pressé. Ils galopaient, Zinzara et Renaud, sur le cheval de Livette!

A quoi songeait-il, le gardian?

Fille ou femme? Il s’obstinait malgré lui, par orgueil d’homme, à vouloir qu’elle fût fille, bien que cela ne lui parût guère probable. Elles sont mûres si vite, ces femelles de païens!

Un souffle d’air passa. Il leur vint aux narines une senteur mâle de fleurs de tamaris. Il ralentit la marche de son cheval.

—Va, va! dit-elle, presse-toi! Plus tard nous causerons... chez nous, Romi, à l’abri des yeux.

Le cheval, de nouveau, s’élança.

Renaud sentait des fiertés, un orgueil confus et puissant d’être là , de fouler la plaine avec quatre pieds, de ne pas connaître d’obstacles, d’avoir à lui, tout près, cette femme,—et, là -bas, une autre!