—A genoux, Renaud! fit Livette. Pour ce qui nous arrive, la prière est le remède. Prions un peu!

Le gardian obéit. Il avait compris que Livette voulait conjurer le sort.

Elle priait en silence, avec ferveur. Lui, étonné, inhabitué aux attitudes de la prière, et cherchant une contenance, regardait de temps à autre le calen qu’il avait à la main, l’élevait pour mieux voir l’étalage de ce trésor ecclésiastique, et, distrait un moment, par tout son manège, de ses troubles de cœur, il ne fut que plus malheureux quand, tout à coup, de nouveau, sa pensée revint à Livette.

Il se dit alors que vraiment elle venait de deviner; qu’un sortilège était en effet sur lui! Et dans son cœur, il supplia le bon Dieu de la croix, le triangle mystique, l’oiseau et l’agneau symboliques, de lui venir en aide.

—Pardonnez-nous nos offenses comme nous les pardonnons à ceux qui nous ont offensés! dit tout à coup Livette à haute voix, songeant à la bohémienne.—Mon Dieu, ajouta-t-elle, nous vous promettons de faire porter, le jour de la fête des saintes Maries,—que voici proche,—chacun trois cierges dans leur église, et d’attendre que, l’un après l’autre, ils se soient consumés pour elles jusqu’à brûler les ongles de nos doigts!

Puis elle se releva,—mais, avant de partir, ils renfermèrent, dans l’ombre de l’abandon, derrière la double porte de ce placard banal, ces objets d’un culte mort, le calice sans vin, le saint-ciboire sans pain,—et ce saint-sacrement, dont le rayonnement de métal encadrait un foyer vide!

X

... Il savait bien, lui aussi, qu’il n’avait pas besoin du remède qu’on donne aux fiévreux, et que la fièvre qu’il avait ne lui venait pas du marécage.

Elle ne parla plus de la drogue, mais comme, sur le palier, il s’apprêtait à descendre:

—... Si nous allions, dit-elle, sur la terrasse?