Nul pays qui sente aussi bon que la France, disait Vermenouze, pour la rime ; car il voulait dire l’Auvergne. Ainsi humait l’air natal le troubadour Pierre Vidal :

Ab l’alen tir ves me l’aire

Qu’en sent venir de Proenza.

(Avec l’haleine, j’attire à moi l’air que je sens venir de Provence.)


Aux forêts de l’Asie paradisiaque, j’ai respiré les essences triomphales, après quoi nos fleurettes des champs ne devraient plus rien sentir ?

Dès Eygurande, à travers les stores baissés et les vitres closes, quand le train roule à travers le vent cantalien, j’ai toujours été réveillé par l’odeur distincte du pays, les poumons soudain dilatés d’une avidité d’absorber l’espace ! Ce ne sont plus les parfums qui violentent, les aromes qui étourdissent, rien que l’air net et pur avec le goût de l’eau vaporisée aux cascades, et de l’herbe fauve sur le basalte et, près des villages, quelque fumée au toit matinal, des bouffées de l’étable qui s’ouvre, le pain sortant du four, qui ne sont pas du même bois, des mêmes bêtes, de la même pâte qu’ailleurs et dont nous démêlerions la saveur à travers le bouleversement d’une fin du monde et d’une nouvelle création :

C’est l’Auvergne, nous y sommes !

CHAPITRE III

Le premier voyage. — Pendant la Commune. — Le retour au Village : à l’aube de la mémoire. — Le ruisseau de Brezons.