Les cerises mangées à l’arbre, dans le pré tout enflammé de canicule, les airelles bleues frissonnant dans le mystère des sous-bois ;

La vipère, détendue comme un ressort, debout et sifflante, à travers les pierrailles et la bruyère ;

Le clocher de rouille et de mousse où, par l’escalier disloqué, le sonneur nous laissait suivre et prendre le bout de la corde traînante, à la fin des sonneries…

La jument docile à nos plus turbulentes équitations ;

Les tranches de pain noir, l’écuelle de lait caillé sur les marches de l’oustau, à la rampe de bois vermoulu…

Que de puérils souvenirs, demeurés avec toute leur fraîcheur, à l’aube de la mémoire…

En vérité, le passé ne nous lâche pas. On ne déracine pas le piquet où nous sommes noués comme des chèvres par une corde plus ou moins longue, plus ou moins lisse, qui prête quelque temps, et quand nous sommes au bout, croyant encore dévider de la bobine, a cessé déjà de s’allonger et se renroule par le même manège, de plus en plus réduit, pour nous ramener au point de départ, au centre du néant…

Brezons ! Oui, je suis Auvergnat, puisque l’ayant délaissé toute la vie, il me semble qu’après je ne saurais être bien qu’ici, à l’angle du verger, sur ce quartier de roc où s’adossait la grange, au bord de la route qui, du fond de la commune, à l’étranglement de la vallée, ne conduit plus nulle part ; elle s’arrête, comme à bout de souffle, d’avoir tant monté à la poursuite de cimes qui, toujours, se reculent…

Sur ce chemin des nuages, dans ce paysage tourmenté, aux gestes tendus vers les sommets, où j’essayais mes premières escalades, je souhaiterais boucler la boucle de mon circuit terrestre. Cette fois, ce serait vraiment les grandes vacances…

Oui, une borne, mon nom, et rien qu’une ligne :