Salut à vous, salut, vénérables aïeules.
CHAPITRE XXV
La mort de Mistral. — Les visiteurs de Maillane. — Lou Souleu me fa canta. — A Maillane. — Le jardin du poète. — Le Muséon Arlaten. — Le triomphe du Félibrige. — Mistral et la politique. — La vie à Maillane. — Le crucifix de Mistral.
J’étais en route pour le Maroc — quand survient la mort de F. Mistral… Je n’y puis croire encore, je n’y croirai jamais. Il y a de grandes croix illustres, au cimetière de mon cœur. Goncourt, Zola, Daudet, F. Coppée, Vermenouze… Pour tous, nous avions craint, bien longtemps avant la fin. Mais Mistral avait aux yeux la flamme du soleil inextinguible ; il était si droit, si vert, si dominateur, — le géant de la forêt, que la foudre pourrait émonder, mais qui reste debout, quand même… Pourtant, il gît sous la coupole de son tombeau de Maillane.
« Venez pour déjeuner, avisez-moi du jour, m’indique Mistral, à l’annonce de mes randonnées provençales de printemps et d’automne, sans quoi nous ne serons pas seuls. Il y aura des visiteurs. JE SUIS Classé : on me visite comme un monument décrit dans les Joanne. »
En effet, les visiteurs affluent, chaque après-midi, de toutes catégories et de toutes nationalités, dans la maison ouverte à qui se présente. Sans doute, la plupart admirent de confiance. Du félibrige, ils ne savent pas plus que de tant de merveilles d’art et d’histoire qui décorent la contrée d’un si riche passé. Tous, le maître les accueille d’une humeur souverainement égale.
Il y a du croyant chez le touriste. La carte postale, le portrait du grand homme remplacent l’image de dévotion :
— Maître, une signature…
Le maître signe, avec une complaisance infinie, au point que, du bureau de tabac du village, on lui a demandé d’en signer cinquante d’un coup !
— Cinquante ! Et que veux-tu en faire ?