Il a doté nos bibliothèques d’un livre assez clair et assez simple pour qu’il fût à la portée de tout le monde. Il a réalisé le vœu de Giraut de Bornelh :
Je ferais, si j’avais assez de talent, une chansonnette assez claire pour que mon petit-fils la comprît.
Nous ne détacherons donc des « Troubadours », les Auvergnats, que pour leurs origines. Car ils n’ont pas laissé d’œuvres de terroir. Sans doute, voilà la raison de l’oubli où s’est affaissée leur mémoire dans un pays, d’habitude, fidèle au souvenir de ses enfants célèbres. Mais « l’amour courtois », de mode à travers les châteaux et les assemblées du moyen âge, ne devait guère toucher nos peuplades montagnardes, seules fixées au sol, alors que se désagrégeait la société féodale. Chanteurs, musiciens et jongleurs, avec leurs chansons, sirventes, tensons, complaintes, aubades et sérénades, pastourelles, ballades, estampies, ne pouvaient être que des amuseurs, dont les jeux n’offrent pas d’attrait pour une race peu sentimentale, sans penchant vers le féminisme. D’Auvergne, nos troubadours avaient vite fait d’émigrer jusqu’à l’étranger. Je comprends que, si légers et fugaces, on omette de les situer parmi le décor énorme et comme foudroyé du Puy, et de ses monts tout boursouflés de scories et hérissés de dykes volcaniques. Des centaines de noms se sont perdus. De ces « tournées » fastueuses, dont les « vedettes » imposaient à l’Italie, à l’Espagne, au Portugal, aux contrées germaniques, le génie lyrique provençal, il ne reste que de maigres fragments dispersés dans les bibliothèques de Paris, de Milan, de Florence, de Rome, d’Oxford, et jusqu’ici mal identifiés ! Nulle publication, nulle traduction d’ensemble ; et c’est à la philologie allemande qu’est dû le grand courant des études romanes. Comment nos esprits seraient-ils entraînés à l’évocation de ces visages incertains. Des troubadours, la foule ne sait que le mot qui les désigne, avec une nuance de raillerie…
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Icil d’Alverne i sunt lis plus curteis
(Ceux d’Auvergne sont les plus courtois.)
Par une erreur fréquente, on rapporte l’éloge à l’honneur de nos troubadours, paisibles poètes. Or, il s’applique à nos guerriers : les plus courtois, c’est-à-dire les plus loyaux et les plus braves, à nos preux, défenseurs de France la douce, contre le Sarrazin, — qu’en une revue homérique nous montre la Chanson de Roland.
Cependant, nos troubadours d’Auvergne se recommandent par assez de mérites personnels pour qu’il soit inutile de détourner à leur profit des compliments qui ne leur furent pas destinés.