No trays piegz hom, de son joven,
Etc…
Ebles de Saignes ne fut pas épargné de Pierre d’Auvergne qui le mentionnait dans sa galerie des mauvais troubadours :
Et maître Ebles de Saigne le dixième à qui jamais n’échut bien d’amour, — quoiqu’il chante comme on bataille ; — un petit vilain chicaneur bouffi, — qui, dit-on, pour deux deniers du Puy — là-bas se loue et ici se vend[31].
E’nn de Sagna I dezez,
A cuy anc d’amor non cenec bes,
Etc…
Mais, alors comme aujourd’hui, l’éreintement, souvent, prouvait que la victime n’était pas si négligeable… L’effet des abatages de Pierre d’Auvergne fut d’assurer la mémoire des troubadours qu’il massacrait et dont la plupart n’ont laissé que leur nom sauvé par l’invective.
Décidément, les dames ne sont pas prisées des troubadours auvergnats, comme c’est la règle courtoise. Ebles de Saignes redoutait l’assaut des créanciers plus que les vicissitudes de la passion. Le tenson de Cavaire et de Bonnafos est plus significatif encore, de l’infirme et laid plébéien et de l’élégant seigneur qui préfère à une dame sa vengeance contre les bourgeois d’Aurillac. Sur les origines de Cavaire et de Bonafos on n’est pas exactement fixé (vers 1225-1250) ; mais, sans doute, ils habitèrent Aurillac, où ils situent leur haineux différend. Cavaire voyagea en Vénétie ; il fut à la Cour du marquis d’Este, où il se rencontra encore un concurrent, Folco, pour lui demander s’il avait perdu le pied, mutilé par châtiment, pour sacrilège, à la suite de l’effraction d’une sacristie. Cavaire ripostait en accusant Folco de n’être qu’un bas comparse, vêtu et employé par un jongleur. Mais reproduisons le tenson de Cavaire et de Bonafos, à titre documentaire de polémique locale ; les troubadours non plus ne craignaient de se ruer aux querelles de personnalités :