En vérité, plus que les larges beuveries et les réunions joyeuses, c’est la noble compagnie qui lui plaisait. Il divertissait le grand seigneur, au dam des hobereaux de la contrée, les « petits gentilshommes à lièvre » (c’est-à-dire vivant chichement du produit de leur chasse), les Gascons bretteurs, les « brutaux de province ». Mais les hauts châtelains ralliaient la Cour, et le courtisan reprenait sa morne existence de va-et-vient d’Aurillac à Saint-Céré : « En compagnie, je suis gay et dis toujours le mot pour rire, mais lorsque je suis seul, mon humeur tombe entre les mains de la mélancolie ». François Mainard se sentait étouffé « sous les rochers de sa province » ; ils ne l’inspiraient guère, son activité poétique était toute tournée vers Paris. Il s’y rendait fréquemment. Il s’y perfectionnait dans le commerce des beaux esprits. Il y festoyait aussi abondamment, toujours prêt à faire chère-lie et carrousse. Mais les délices de la table n’allaient pas sans une extrême licence de penser et d’écrire ; les pièces gaillardes et scabreuses de François Mainard excitaient les menées de la cabale dévote, qui dénonçait ses stances et épigrammes du Parnasse Satyrique, comme répréhensibles au point de vue de l’honnêteté publique. François Mainard en fut quitte pour la peur ; cependant, il devint prudent, quand il vit Théophile condamné au bannissement pour athéisme et libertinage.

F. Mainard va-t-il franchir le seuil du Louvre ? En 1612, il composa des pièces de circonstance pour les doubles fiançailles du dauphin avec l’infante Anne d’Autriche et d’Élisabeth de France avec Philippe d’Espagne. En 1615, il fournit encore des vers pour un ballet en l’honneur de Mme Élisabeth. Puis, il approche le prince de Condé. Quelques gratifications, et ce fut tout, alors que le Président d’Aurillac espérait une charge bien rétribuée, ou rêvait d’être pensionné par leurs Majestés.

Les années s’assombrissent. Le poète n’en peut plus de la province : « Je ne marche pas toujours sur les roses du Parnasse ; les épines de la chicane piquent quelquefois mes pieds. » Il abandonne sa charge. Il court tenter la destinée auprès de Richelieu. Des odes nombreuses encensent le « divin, l’incomparable ministre » ; L’État n’aura rien à craindre « tant que ce grand homme en tiendra le timon » ; F. Mainard est reçu à Rueil. Il exulte. Il regagne Saint-Céré, convaincu que son heure est imminente ! On l’oublie. La fortune le persécute, gémit-il, dans un placet au Cardinal :

Elle me tient loing de mon Prince,

Entre des brutaux de province

Dignes d’estres soulés de foin.

Quel secours faut-il que j’appelle

Si Richelieu ne prend le soing

De me mettre bien avec elle ?

Il n’apparaît pas que le Cardinal ait été ému de la supplique. Pourtant, par la suite, F. Mainard fut de l’Académie, qui s’organisait, mais avec des avantages exclusivement honorifiques : l’ancien président avait compté sur les émoluments. L’évêque de Saint-Flour, Charles de Noailles, intercéda pour lui obtenir une nouvelle place de président, en création. Sans succès. A son corps défendant, il doit accepter, sur l’entremise pressante de son protecteur, de suivre, en qualité de secrétaire, à l’ambassade de Rome, François de Noailles. C’est que les nuages se sont épaissis au-dessus de la tête du poète vieillissant. Déjà, prématurément, sa fille aînée était morte : « Un père qui pleure trop opiniâtrement les enfants qu’il a perdus offense ceux qui luy sont demeurés », écrit-il. Il avait des motifs de consolation, — avec une famille de cinq filles et trois garçons. Cependant, la tristesse de l’irréparable l’avait envahi :