A Vic-le-Comte.
Les restes du château.

Dans la chapelle du couvent des Cordeliers, on voyait autrefois le tombeau de Jeanne de Bourbon, une Jeanne de Bourbon qui, à son troisième mariage, avait épousé son maître d’hôtel La Pause. Elle mourut pendant une absence de son mari. De retour, ce veuf épris fait ouvrir la tombe, où le cadavre est putréfié aux vers. C’est ainsi qu’il veut en conserver le souvenir: il commande une statue la représentant telle: «La statue existe, et je doute que nulle part on voie rien de plus hideux et de plus dégoûtant. Sur la tête de Jeanne est un suaire qui, tombant des deux côtés du corps, vient se croiser au bas de l’aine et qui laisse le buste entièrement nu. On la voit avec ses yeux creux et ses joues enfoncées. Des vers sont représentés sur le corps; déjà le sternum est percé; une des mamelles et le bras droit sont rongés en partie, des intestins...» La description du visiteur ne s’étend pas davantage. Vic-le-Comte n’a point été épargné par les guerres religieuses; sans y avoir péri, comme Issoire, il y a laissé la plupart de son passé. Ailleurs, Billom, dominée par le Grand et par le petit Turluron, qui s’intitulait capitale de la Limagne et première fille de l’évêché de Clermont, qui fabriqua de la monnaie, posséda une université dont la direction passa au XVIe siècle aux Jésuites, après avoir tenu un rôle puissant, n’a conservé que son importance manufacturière et commerciale, des minoteries, des huileries, des tuileries, des fabriques de toile, de sucre, de poterie, etc.; cependant elle peut s’enorgueillir encore de son église Saint-Cerneuf où, pour ajouter du faste à leurs célèbres processions, les moines faisaient trôner, comme étant l’image du saint, un buste de Charlemagne, plus riche, don de l’empereur au chapitre. Le jeudi saint, s’organisait encore naguère la procession des Pénitents noirs, aux flambeaux, supprimée, à cause des querelles que cela suscitait dans le pays, et qui dégénéraient en rixes et coups. A Viverols, à Saint-Anthème, à la lueur des torches, les processions n’ont point cessé, en défilés de la Passion, où figurent Jésus-Christ, la Vierge en coiffe d’Auvergne, Barabbas et Judas, que l’on invective et qui reçoivent maints projectiles, pierres et trognons de choux; c’est à qui ne sera pas Judas, dans ces représentations, où l’on porte aussi tous les accessoires de la Passion... Nulle ville d’Auvergne ni de l’univers, hors la Terre-Sainte, ne pouvait se vanter d’être aussi favorisée en reliques.

Billom.—Place du vieux Marché au chanvre.

Entre autres, Billom se glorifiait de posséder, dans «un vaisseau d’étain», une cuillerée de sang de Jésus-Christ, apportée par les deux chanoines Albanelli et Balesta. Comme ils cherchaient le moyen de ne pas égarer ou se laisser dérober ce précieux dépôt, l’un d’eux imagina de le cacher dans les muscles de sa jambe; à peine ce projet formé, sa jambe s’ouvrit miraculeusement, reçut le vaisseau d’étain, se referma, pour ne se rouvrir et restituer qu’à l’arrivée à Saint-Cerneuf...

Le Grand Turluron.

Mais plus que tout cela, c’est d’être un foyer de propagande des Jésuites qui valut à Billom le plus de retentissement dans le monde. «Ce fut à l’époque de leur destruction qu’on trouva dans la chapelle de leur collège ce tableau ridicule dont on a fait tant de bruit et qui méritait si peu d’en faire. Ce n’était qu’une peinture allégorique et mystique de l’état religieux représenté par un vaisseau qui quitte le monde et qui vogue à pleines voiles vers le port du salut et le séjour céleste. Des diables et des hérétiques l’attaquent en vain; leurs insultes sont repoussées. Plusieurs personnes, conduites par un ange, viennent dans une nacelle pour y entrer. Deux autres bâtiments, chargés de prêtres, d’évêques, de laïcs, de rois, etc., s’en approchent pour demander des armes spirituelles, et on leur distribue des arcs, des carquois, des flèches. Quelques apostats ont voulu en sortir; mais ils sont tombés dans la mer, et un monstre marin les engloutit. Enfin, sur le pont, on voit les instituteurs d’ermites et de chanoines réguliers et les fondateurs d’ordres religieux. Tous sont rangés sur une même ligne et selon leur ordre d’ancienneté, en commençant par saint Antoine et finissant par saint Ignace, fondateur des Jésuites.» Saint Ignace était placé près du grand mât, comme pour marquer qu’il conduisait le vaisseau de l’Église. Le Parlement condamna ce tableau, dès lors gravé et tiré à des milliers d’exemplaires: Billom apparut comme une formidable «Jésuitière».