Il le croyait, et n’en riait pas, le compagnon de saint Austremoine, saint Nectaire, qui fut l’apôtre de la contrée avec lui, vers le mont Cornadore où une église assez bien conservée et restaurée redit dans ses chapiteaux, entre d’autres scènes, le miracle des pains, de ce pain où les protestants ne veulent pas accepter la présence de Dieu; la Tentation dans le désert: Si vous êtes le fils de Dieu, semble dire Satan, commandez que ces pierres deviennent des pains! Dans un bas-relief est figurée la légende du patron de l’église, comment, miraculeusement, au moment d’entrer dans une barque, il reconnaît le diable dans le nautonier, et se fait passer quand même, sans accident. Dans la sacristie, un saint Baudime, en chêne recouvert de cuivre doré et ciselé, avec des yeux d’émail, qui bougent...
Entrée de la vallée de Chaudefour.
Ici l’église de Saint-Nectaire-le-Haut—établissement thermal, au-dessus du hameau de Saint-Nectaire-le-Bas, autre établissement thermal; là, entre de nombreux vestiges de monuments mégalithiques, le dolmen le plus remarquable de la région; granite de l’âge de la pierre polie, évoquant un lointain auprès de quoi les huit siècles de l’église du mont Cornadore sont un court espace; mais que ces dolmens, dont nous savons tout juste qu’ils sont des dolmens, se font jeunes auprès de ces patriarches étranges, aux visages effacés, toutes ces roches énigmatiques, sculptées ou naturelles, on ne sait pas trop, qui se dressent si fantastiquement dans cette vallée de Chaudefour, en mystérieuses apparitions d’éternité... élancées en flèches de cathédrales, étalées comme des tombeaux, ou ramassées comme des sphinx.
La vallée de Chaudefour.
Icy fust... encore et toujours!
Qu’il fut de choses depuis ces dolmens et menhirs grisâtres épars sur la montagne! sur les pentes rugueuses ou dans les pacages, parmi l’arnica, l’aconit, les réglisses, les mauves, les ancolies bleues. Et qu’il en fut, depuis le cratère, les ténèbres et les incendies du chaos, jusqu’à ces tables druidiques. Réflexions bien banales! Inévitable banalité! Mais quoi de mieux, tout de même, que de s’y abandonner pour prendre la mesure, que nous perdons sans cesse, de notre néant d’être, de l’incommensurable, et de l’infini; c’est en cela que sont efficaces les pérégrinations aux ruines, pour la tristesse dont elles abreuvent ceux mêmes qui ne sentent guère de curiosité de leurs débris et de leur poussière!
Par cette vallée de Chaudefour, aux hallucinations de pierre, aux spectres gigantesques surgissant des bois de sapins et de chênes, muets au-dessus des ruisseaux tapageurs, fauves, blancs, noirs, parmi la végétation abondante et les fleurs de ce vallon gardé de hauts pics, par les rives de la Couze-Chambon, gagnons le château de Murols, dont le squelette considérable encore de bête féodale se dresse à une altitude de mille mètres presque, comme fascinant ces étendues brûlées, «couvertes de lave rouge vomie par le Tartaret, semées çà et là de monticules rapprochés et torréfiés qui ressemblent à des volcans en miniature», des espaces convulsés de décombres volcaniques, qu’on croirait à peine refroidis, de temps où les temps n’étaient pas encore!
Ici fust...