Nigra sum sed formosa, je suis noire mais je suis belle, dit la Sulamite. Pour le teint, la plupart des saintes Maries auvergnates sont pareilles à la vierge du Cantique des Cantiques. Mais je ne certifierai point leur beauté: on ne peut se rendre exactement compte, à l’obscur des chapelles où elles se dissimulent plus qu’elles ne se montrent.

Quant à être noires, elles le sont, oh! noir de nuit, noir d’encre, noir de nègre, blocs de ténèbres compactes dans le sombre de nos églises de montagne, comme les visages à masques de suie des ouvrières dans les mines, comme les figures barbouillées des charbonnières dans leurs boutiques.

Cette couleur des statues de Notre-Dame du Puy, de Notre-Dame de Murat, de Notre-Dame de Mauriac, de Notre-Dame d’Aurillac, de Notre-Dame d’Orcival, de Notre-Dame du Port, de Notre-Dame de Vassivière, etc., quelles explications en fournir, quelle signification lui attribuer?

Ces effigies sont-elles d’antiques idoles indigènes des cultes expropriés qui précédèrent le christianisme et que, après l’évangélisation de la contrée, la religion nouvelle prit à son service, de la même façon qu’elle se logeait dans les temples des divinités vaincues?

Orcival.

Ou bien d’exotiques prisonnières ramenées des croisades?

La chapelle de Vassivière.

Ou bien d’orthodoxes images, qui ne sont pas noires pour des raisons ethnographiques, mais, symboliquement, furent voulues ainsi, taillées ou peintes de la sorte exprès, par nos artisans, suivant les exégèses erronées des siècles, jusqu’à la critique moderne, qui considéraient le profane Cantique des Cantiques comme un livre sacré... suivant les commentaires mystiques, désormais abandonnés de la science, où la Sulamite de Salomon devenait la mère de Dieu: noire par la douleur, «quia decoloravit me sol», parce que le soleil m’a ôté mes couleurs, ajoutait-elle: le soleil, c’est-à-dire la vie, la souffrance, les déchirements, proposait-on dans l’une des soixante-dix interprétations audacieuses de ce texte toujours détourné de son sens réel!