Je reconnais chaque arbre de l’enclos et la haie de groseilliers… Mais « le bien » n’est plus nôtre… Là, demeure aujourd’hui je ne sais qui ? Je passe devant, sans entrer… Et vous ne voudriez pas que je pleure ?…
Un peu plus loin, dans les flancs du Calvaire, voici le four…
Une odeur de pain chaud embaume l’air ; c’est le jour, un grand jour, chaque quinzaine, chaque semaine au plus. Des femmes, les mains, le visage souillés de farine et de fumée, emportent, sur la tête, des piles de larges tourtes… Des enfants trépignent d’impatience, qui éclatent de joie, soudain, à recevoir la « pompe » brûlante, la tartelette dorée, chauffée pour eux, qu’ils enveloppent dans leurs tabliers…
Il fut un autrefois où le four ne s’allumait pas que la grand’mère ou la tante n’eussent pétri pour nous aussi des tartelettes et des pompes…
Je n’aurais pas les yeux rouges !
Mais ce n’est pas fini de pleurer…
Qu’elle est silencieuse, l’hospitalière maison des cousins chez qui je suis logé, si bruyante jadis ! Qu’elle est vide, jadis si pleine d’espoir !
Les deux jeunes hommes, avec qui je me rencontrais là, à des vacances, n’y sont plus.
L’un, médecin, qui promettait un savant, mort avant la trentaine, victime de son noble cœur, à la suite d’un mal contracté à courir — souffrant lui-même, en convalescence encore — , plusieurs kilomètres, par la nuit et la neige, au chevet d’un parent malade… L’autre, quasi mort pour la famille, enseveli comme un linceul — dans la robe du missionnaire…
Maintenant, le père et la mère sont seuls, dans la maison déserte où la joie n’habitera plus, désormais, au creux de cette vallée close de murailles formidables, qui barrent l’horizon de partout…