— Mme veuve Lascombes ?
Non, mais sa fille. Décidément, on vit vieux, ici ; c’est le hameau des Parques.
— Mme Lascombes ? la voilà…
Nous l’apercevons assise — à moitié, sous une cheminée large, en disproportion avec la pièce étroite, contre le feu allumé où chauffe l’ouo, la marmite locale…
Deux lits de bois occupent le fond de la chambre, bout à bout, égayés de courtines de reps rouge et couverts d’indienne à fleurs. Une table, des chaises rempaillées, un buffet, quelques ustensiles, le tout extrêmement propre, bien en ordre. Sur un fauteuil de paille bas, c’est bien notre centenaire, telle que sur la photographie, avec la coiffe longue, et ce fichu de tricot marron, qui couvre les épaules, croisé dans le babarel, laissant nu, à l’échancrure, ce cou vide, à la peau déprimée, affaissée entre les cordes dures comme des piquets sur lesquels semble fichée la tête…
Mais, depuis ce portrait d’il y a cinq ans, il semble que la face se soit fendillée encore, que d’autres haches se soient plantées dans cette écorce, que le labour de la vie ait creusé plus avant ses sillons dans ce front résistant et ces joues flasques ; il semble que les yeux se soient renfoncés et taris sous les cils et les sourcils — comme les étangs desséchés sous les mousses et les roseaux.
Nous nous approchons, et Delmas ouvre la conversation. La bonne femme n’a pas bougé à notre entrée. Elle n’a pas répondu à nos :
— Bonjour, en français.
Sourde, aveugle ? Je me reproche déjà cette vaine curiosité ! mais Delmas apostrophe en patois.
— Nous avons vu dans un journal, que vous aviez passé les cent ans ?