Il vide son verre et va se tapir au fond de la cheminée obscure, où séjourne un peu de feu, gros comme une noix sous la cendre, et, de là, contemple la Catinette, qui danse des bourrées, infatigablement, avec son promis…
Il détourne la vue ; il souffre trop de la voir au bras de l’autre — si bravement parée, d’un ruban de velours noir d’où se balance sur sa poitrine la croix d’or des fiancées, un bouquet à son corsage et les lèvres fleuries du rire vivace de jadis…
Il a peur de pleurer.
Alors, il feint d’arranger le feu et, par contenance, comme la Catinette dispose une botte de broussailles sur les chenêts, il lui demande le croc pour tisonner…
Le cabrettaïre, juché avec sa chaise sur une table, recommence à gonfler sa musette…
Vite, sans la patience de chercher le croc, la jeune fille prend ce qui lui tombe sous la main, défait d’un clou où elle est appendue, une quenouille… la quenouille de Pierre — dont elle se sert pour remuer le feu et la met ensuite aux mains du malheureux garçon, puis retourne précipitamment à son cavalier…
— Oh ! Catinette ! murmure sourdement Pierrou, et, machinal, il active ou ralentit la flambée, du bout de la quenouille, bientôt brûlée à demi ; et il fait nuit dans sa tête, froid dans son cœur, comme si l’écir avait fondu sur lui. La nuit avance, la flamme baisse, l’âtre est moins clair. Pierrou persiste à remuer la cendre, tandis que se brouillent dans sa mémoire les remembrances de ses vieux espoirs… Et ces genêts, où la quenouille est aux deux tiers consumée, ces genêts dont la vive lueur illumine la salle, n’est-ce pas, pour Pierrou, le bûcher de ses rêves ?…
On le hèle ; il se dresse, vient trinquer et sort, tandis que la voix du musicien continue :
Io sabo ina chansou