Ce qui nous fait honneur, les filles nous demandent.

— Et c’est en français, se glorifie Pierrouti, le verre en main, debout sur ses jambes courtes… L’essai n’est déjà pas si médiocre, avec une malice et une naïveté de poésie populaire de bonne venue, avec un goût de terroir que j’apprécie fort… Mais comment vous redire la verve impétueuse du bonhomme ! Il en est quelques autres, moitié français, moitié patois, de sujet hardi, que je ne puis rapporter, à cause de leur gaillardise. Pierrouti les scande volontiers en plain-chant, mêlant le sacré et le profane. D’ailleurs, pour ces refrains spontanés, qui éclatèrent un jour de ripaille, entre deux saladiers de vin chaud, il faut entendre la voix, regarder les mines du comique petit homme.

Oui, il « nous en pousserait » jusqu’à demain, Pierrouti. Et l’après-midi se passe à l’écouter.

Enfin, nous sortons, nous sommes sur la petite place déserte. Tout semble mort. Alors, à tue-tête, Pierrouti continue de chanter, ses jambes vacillent un peu dans son pantalon jaune et ses sabots — le punch et surtout la griserie de parler depuis des heures !…

Puis, il se calme, réfléchit qu’il lui faut monter jusque là-bas, — il ne sera pas juste à temps pour l’angélus, mais ils attendront — à la propriété dont il est garde.

— Oui, oui, garde particulier… Pierrouti… Vous ne croyez pas, hein ?…

Et il sort ses papiers…

— Hein !… moi…, garde particulier… Mais vous savez, quand je les vois… je ne peux pas leur faire rien… Moi, ça serait trop fort… je leur dis d’aller d’un autre côté…

— Au revoir, Pierrouti…

— Si vous voyez quelqu’un d’ici à Paris, vous direz que Pierrouti en sait quelques-unes encore, nous jette le clerc, et qu’il ne se fait pas toujours de bile… Je ne changerai pas pour un député.