Dans une préface où il a discuté la valeur littéraire du Faublas et recherché les conditions dans lesquelles il s'est produit, notre érudit collaborateur s'est attaché à dissiper les injustes préventions accumulées contre une œuvre dont les détails licencieux, tout à fait accessoires, sont traités avec une délicatesse qui les garde d'être trop choquants. Placée entre la dépravation de la société finissante du XVIIIe siècle et l'agitation révolutionnaire qui portait en elle les germes d'une société nouvelle, l'époque où a vécu Louvet se trouvait quelque peu hésitante sur la question des principes, et son roman a dû s'en ressentir; mais c'est aussi parce qu'il donne un tableau fidèle des mœurs du temps qu'il est précieux à conserver. Il n'en est pas moins vrai, d'ailleurs, qu'il a été écrit sous la préoccupation constante d'une idée morale qui se fait jour à chaque instant dans le récit, pour arriver à cette conclusion: qu'un amour véritable finit par triompher de toutes les séductions et que le port de salut se trouve dans le mariage et dans la vie de famille.
Il y a eu plusieurs éditions des Amours de Faublas, tant avant qu'après la mort de Louvet. Nous avons suivi le texte de la troisième, revue par lui, et publiée l'an VI de la République, en 4 volumes in-8o, avec figures de Marillier. Elle se vendait «chez l'auteur, rue de Grenelle-Germain, vis-à-vis la rue de Bourgogne, ci-devant hôtel de Sens, no 1495». Malheureusement, elle est d'une impression assez fautive, et nous avons dû, pour rétablir quelques passages tronqués, recourir aux autres éditions.
Pour les dessins dont nous voulions orner notre publication, il fallait, avec une connaissance exacte de l'époque, beaucoup de tact et un goût fin et délicat. Nous avons trouvé ces qualités réunies chez M. Paul Avril, qui est un nouveau venu dans notre collection, mais que de précédents travaux avaient déjà signalé à l'attention des connaisseurs. Ses compositions ont été très intelligemment gravées par M. Monziès, et l'heureuse association de ces deux artistes a produit une série de gravures qu'on dirait bien plutôt des planches retrouvées du XVIIIe siècle qu'une œuvre exécutée de nos jours. Dans le choix des sujets, qui doivent être la traduction aussi exacte et aussi complète que possible de l'œuvre qu'ils accompagnent, nous avons cherché à nous tenir autant éloigné d'une pruderie trop exclusive que de la recherche des scènes légères, pour lesquelles il faut toujours qu'un éditeur s'impose la plus grande réserve.
Nous pensons donc, grâce aux soins de toute sorte apportés à la publication de l'œuvre de Louvet, en avoir donné une édition sérieuse, que sa valeur littéraire et son mérite artistique rendront également recommandable.
D. J.
PRÉFACE
Cet aimable chevalier de Faublas, un peu fou, très tendre, sincèrement épris, avec une pointe du libertinage particulier à son époque, est, selon nous, un des héros calomniés ou plutôt incompris de notre littérature.
L'opinion générale, dirigée depuis longtemps par quelques pontifes de la critique contemporaine, Jules Janin en tête, n'a voulu voir dans le personnage présenté par Louvet que le type des vices et de la mollesse dépravante du XVIIIe siècle.
Mais, nous demandera-t-on peut-être, qu'est-ce alors que Faublas, si ce n'est pas cela?
Faublas, c'est tout simplement, habillée à la mode du XVIIIe siècle, la jeunesse insouciante du lendemain qui s'en va droit devant elle les lèvres avides de baisers et pleines de sourires, c'est l'adolescent chercheur de caresses, léger et changeant sans doute, mais si aimant que toujours un souffle venu de son cœur attise l'ardeur de sa fantaisie. Voir en cet être qui ne calcule ni ne réfléchit, qui se livre tout entier, corps et âme, aux maîtresses dont les bras ne peuvent se détacher de son cou; voir en cet enfant câlin, qui devient moralement homme par le remords et la douleur, uniquement le type des vices dépravants du XVIIIe siècle, comme nous le disions tout à l'heure, c'est vraiment teinter de couleurs trop sombres la jolie figure de ce juvénile amoureux.