Je crains bien que ce ne soit une perfidie de votre marquise… (Au capitaine.) Voyons cette lettre… (En la lui rendant.) Si vous êtes un homme raisonnable, je vous demande quelle foi méritent les inculpations d'un faussaire?
Le Capitaine.
Bon! bon! je veux bien croire que cela ne soit pas tout à fait vrai; mais la fumée ne va pas sans feu… Je compte m'établir ici pendant quelques jours, et que je voie un gringalet s'approcher d'elle! Je consens qu'un million de tonnerres m'écrase, si je ne lui mets dans sa poche les deux oreilles du mirlifleur.
Mademoiselle de Brumont.
Monsieur le capitaine, votre nom est venu jusqu'à moi. Vous l'avez rendu malheureusement trop célèbre. Tigre toujours altéré, quand vous ne pouvez assouvir sur l'Anglois la soif qui vous dévore, vous buvez le sang de vos frères. La France, on le sait bien, n'a pas de plus fameux duelliste que vous. Croyez pourtant qu'il reste encore dans le royaume quelques braves jeunes gens qui, pour ne pas faire, comme vous, métier de massacrer sans cesse, n'en seroient pas moins très capables de vous combattre, et peut-être de vous punir. Si j'étois à la place de la comtesse, je voudrois du moins l'essayer. Dès ce soir, déterminée par vos menaces, je prendrois un amant… que j'avouerois; je me plairois à choisir parmi ces jeunes gens le plus foible peut-être…
Rosambert, avec enthousiasme.
Non! le plus jeune, mais le plus redoutable; un joli garçon, d'une adresse extrême, d'une étonnante force, d'une intrépidité rare; et moi qui vous parle, Madame la comtesse, je consentirois à perdre la vie si celui-là, tout au contraire, ne vous rapportoit pas les oreilles du capitaine, quand vous les lui auriez demandées.
La Baronne, avec promptitude.
Oui; mais vous ne les lui demanderiez point, n'est-il pas vrai, Comtesse? vous ne les lui demanderiez point; vous ne vous vengeriez des menaces d'un spadassin que par le mépris qu'elles méritent.
Le Capitaine.