LES PARFUMS
Nous restons.
—Tournons, rampons, sautons, dansons autour des couples,
Soyons vifs, nonchalants, impérieux et souples,
Faisons surgir des lieux, des dates et des noms;
Il faut que leur esprit naïf et tendre parte,
Aux pays inconnus qu'ils rêvaient sur la carte,
Errer parmi les parcs lointains d'où nous venons.
On entend quatre pas sur l'invisible sable,
Le jet d'eau fatigué ne cherche plus sa fable;
Sur l'invisible sable on entend quatre pas.
Sautons comme des daims, glissons comme des cygnes
Et remplaçons, à l'heure où s'estompent les lignes,
Les mots qu'ils devraient dire et qu'ils ne disent pas.
Brodons nos fils soyeux sur le célèbre thème,
Faisons un vers exquis du trop banal...
LE COUPLE
Je t'aime!
LES PARFUMS
Et s'ils sont, ces pantins de l'éternel complot,
Bêtes comme un glaïeul ou comme une anémone,
Nous ferons de l'amante Hélène et Desdémone,
Adorant pour un soir Pâris et Othello.
LE PARFUM DES ROSES
Langoureux comme un chat qu'un jeune vizir berce,
Je suis un coussin tiède où le soir vient s'asseoir;
Et chaque rose a l'air d'un petit encensoir
D'où je sors, pour conter comment on conte en Perse.
Je me traîne à pas lents sur un fin tapis d'air,
Un tapis de Bagdad qu'un souffle de vent moire,
Et peu à peu j'éveille au fond de leur mémoire
Aladin, Mariam et les trois Calander.
Dans des flacons fluets qu'un cristal doré bouche,
On veut garder captif mon charme de rôdeur!
Je suis la plus charnelle et la plus tendre odeur
Et je vais parfumer leur bouche...
LE PARFUM DE L'OEILLET
Je suis pressant comme un billet,
J'incite aux pires confidences,
Je pâme à la sueur des danses
Dans le cœur compact de l'œillet.
J'aime les beaux ébats farouches,
Les paumes chaudes sur les seins,
Le désordre mou des coussins
Et les inépuisables couches.
Et je vais, pour de chers accords,
Puisqu'un poivre sucré m'imprègne,
Régner comme un despote règne,
Aux endroits secrets de leurs corps.