[I]
[II]
[III]
[IV]
[V]
[VI]
[VII]
[VIII]
[IX]
[X]
[ÉPILOGUE]
[I]
Jacques Forestier pleurait vite. Le cinématographe, la mauvaise musique, un feuilleton, lui tiraient des larmes. Il ne confondait pas ces fausses preuves du cœur avec les larmes profondes. Celles-là paraissent couler sans motif.
Comme il cachait ses petites larmes dans l'ombre d'une loge ou seul avec un livre et que les vraies larmes sont rares il passait pour un homme insensible et spirituel. Sa réputation d'homme spirituel venait d'une rapidité d'esprit. Il appelait des rimes d'un bout à l'autre du monde pour les joindre de telle sorte qu'elles parussent avoir rimé toujours. Par rimes, nous entendons: n'importe quoi.
Il poussait brutalement les noms propres, les visages, les actes, les propos timides, et les envoyait au bout d'eux-mêmes. Cette manière lui valait la réputation de menteur.
Ajoutons qu'il admirait les beaux corps et les belles figures, à quelque sexe qu'ils appartinssent. Cette dernière singularité lui faisait prêter de mauvaises mœurs; car les mauvaises mœurs sont la seule chose que les gens prêtent sans réfléchir.
N'ayant pas l'apparence qu'il eût souhaitée, ne répondant pas au type idéal qu'il se formait d'un jeune homme, Jacques n'essayait plus de rejoindre ce type dont il se trouvait trop loin. Il enrichissait faiblesses, tics et ridicules jusqu'à les sortir de la gêne. Il les portait, volontiers, au premier plan.
À cultiver une terre ingrate, à forcer, à embellir de mauvaises herbes, il avait pris quelque chose de dur qui ne s'accordait guère avec sa douceur.
Ainsi, de mince qu'il était, s'était-il fait maigre; de nerveux, écorché vif. Coiffant difficilement une chevelure jaune plantée en tous sens, il la portait hirsute.