—Seulement (il agitait son index en signe de menace), je te préviens que si tu ne me laisses pas lire, je pars. Et tu ne me reverras ja-mais.

—Puisque c'est ta lettre de rupture.

—Il y a rupture et rupture bredouilla cet homme qui possédait le génie du chiffre, c'est à dire de la poésie, et qui était complètement idiot en amour où la poésie n'existe pas.—Je désirais rompre gentiment, convenablement, et tu me chasses. Si encore je te demandais des comptes!

—Je n'ai pas de comptes à te rendre, s'écria Germaine, que cette comédie exaspérait, et si tu veux des comptes, en voilà: Oui, je te trompe. Oui, j'ai un amant. Oui, je couche avec Jacques. Et à chaque oui, elle tirait sur sa natte comme sur une sonnette.

—Par exemple! dit alors Osiris en se levant, reculant et clignant les yeux comme un peintre.

Et il accusa Germaine de détourner les soupçons sur un gamin serviable, d'espérer que lui, Osiris, courrait à sa recherche pendant qu'elle recevrait son véritable amant. Il ajouta qu'il n'était pas dupe; qu'il était peut-être l'homme riche qu'on roule, mais que c'était un métier d'être riche; un métier dur, qui exerce l'œil.

Germaine admirait. Malgré le théâtre qui présente des personnages de cette trempe, elle ne croyait pas qu'ils existassent.

—Vous êtes formidable, dit-elle, Nestor. Je couche avec Jacques. D'ailleurs (on sonnait) le voilà sans doute. Il déjeune. Cachez-vous et vous aurez la preuve.

Elle désirait rompre.

—Me cacher, ricana Osiris. C'est trop simple. Vous avez plus d'un tour dans votre sac et vous ferez des signes. Je reste.