La mort l'envoie; on dirait ces ambassadeurs extraordinaires qui épousent à la place des princes. Aussi le font-ils avec indifférence.
Un masseur n'est plus touché par la peau des jeunes femmes. L'ange travaille froidement, cruellement, patiemment, jusqu'au spasme. Alors, il s'envole.
Sa victime le devinait implacable, pareil au chirurgien qui donne le chloroforme, aux boas qui, pour manger une gazelle, se dilatent peu à peu comme une femme qui accouche.
«L'homme de neige... l'homme de neige...» Une rengaine confuse charmait ses oreilles. On parle aux enfants de l'homme au sable, quand ils veulent rester le soir avec les grandes personnes et perdent pied dans des sommeils naïfs. Le menton qui leur touche la poitrine les réveille, les ramène ahuris à la surface.
Jacques entendait une voix qui modulait: «L'homme de neige... de neige... de neige...» Il ne fallait pas s'y laisser prendre et Jacques faisait la planche, la tête en arrière, les oreilles sourdes plongées seules dans l'élément inconnu. Car le travail de l'ange avait ceci de terrible qu'étant illimité il se produisait dessus, dessous et à l'intérieur. Il n'était pas brutal; l'ange se reposait et reprenait de plus belle.
Entre la décision de se noyer, l'acte et les surprises qu'il réserve à l'organisme, que de distances! Bien des faibles, à peine l'eau entre-t-elle dans leurs narines, nagent, ou, ne sachant pas nager, inventent désespérément la natation.
La peur gagnait Jacques. Il voulut prier, joindre les mains. Elles étaient lourdes, intransportables.
Un bras mort sur lequel on a dormi se charge vite d'eau de Seltz; il pétille et peut obéir. Les mains de Jacques demeuraient inertes.
Les mouvements qu'on exécute en aéroplane ne se constatent pas. L'appareil reste immobile. Enfermé dans le casque et les lunettes, on voit les maisons qui rapetissent et qui enflent, une ville morte que son fleuve divise. Cette ville se balance ou dresse une carte d'atlas contre un mur. Soudain, le looping nous la montre peinte au-dessus de nos têtes. Ce jeu du monde autour des pilotes s'accompagne d'angoisse. Le ventre s'évanouit. Les oreilles se bouchent. Le vertige traverse la poitrine de son fil à couper le beurre. Il arrive d'atterrir en se croyant à mille mètres d'altitude: on prend les bruyères pour une forêt.
Jacques, sur son lit, commençait à embrouiller ses symptômes avec les phénomènes extérieurs. Les cloisons respiraient. Le bruit de la pendule sortait tantôt de l'encrier, tantôt de l'armoire. La fenêtre était close ou grande ouverte sur un ciel d'étoiles. Le lit glissait, penchait, se tenait en équilibre instable. Il retombait et se recabrait lentement.