Dans l'escalier, Jacques revoyait la figure défaite de l'employé sans place. Sous la voûte, sa décision était prise. Sur le trottoir:

—Monsieur Osiris, dit-il, je regrette, J'ai une course rue Réaumur. Mais accordez-moi une grâce. Celle de Jules. Il vous coûtait un franc. Vous êtes injuste. Pourquoi le renvoyez-vous?

—Pourquoi? (Osiris prit un temps). Parce que ÇA, mon cher Jacques, ÇA, je peux éviter.

Puis, changeant de regard, il fit des caresses d'adieu. L'automobile disparut.

Seul, place de la Bourse, Jacques écoutait encore le ÇA majuscule d'Osiris; il voyait l'oriental lui tirer le revers du paletot en le prononçant, comme on tire une oreille.

La phrase lui apparut vague, haute, mystérieuse. Il y retrouva le sourire des colosses.

Sans doute ne renfermait-elle qu'un sens financier, ne donnait-elle qu'un exemple de la méthode puissante des Osiris, capables d'apprendre les plus lourdes pertes sans sourciller, pourvu qu'elles fussent inévitables. Mais l'esprit de Jacques courait, amassait.

Il décida, sur cette phrase, coûte que coûte, de se bâtir le caractère, de chausser du plomb, de prendre un uniforme.

Je flotte dans moi-même, pensait-il, et ÇA, je peux éviter. Le reste à la grâce de Dieu.

Comme il tournait pour la quatrième fois autour de la Bourse, il vit, derrière les grilles, l'ex-employé d'Osiris. Jules paraissait prodigieusement gai. Il jouait aux barres avec les cyclistes de l'agence Havas.