—J'ai connu Gentil au bal des Cure-Dents, savez-vous, dit-elle, à la porte de l'étable, en prenant l'accent belge.

—Il portait le costume boër et moi j'étais en Carmen. Un œil noir te regarde.

Elle disparut.

La princesse de Bormes ne pouvait imaginer madame Valiche ailleurs que sur des routes, la nuit, les mains dans les poches de sa capote d'homme, ou, le jour, vidant des vases. Elle croyait avoir beaucoup voyagé, connu des gens en musse, mais elle ne se rendait pas compte qu'elle emportait autour d'elle son atmosphère comme la terre, et, comme la terre, elle avait peine à croire les autres mondes habités.

Ce personnage d'un côté, tant d'horreur de l'autre, étaient une dure épreuve. Car, quels que soient l'esprit, l'excentricité, l'assurance d'une femme du monde, voire blâmée par le monde, elle évolue tout de même sur une scène d'amateurs, et le premier contact avec un vrai théâtre paralyse l'aisance de ses mouvements.

La princesse devait se reprendre vite. Elle n'était pas femme à supporter un échec. Il ne fallait pas rester au milieu de cette ferme comme un reproche. Il fallait rire de madame Valiche et se mettre à la besogne. En une minute sa décision fut prise. Elle brisa ses liens. Et, lorsque madame Valiche sortit de l'étable en s'écriant: «J'ai un beau cul-de-jatte!» la princesse lui dit d'une voix claire: «Voulez-vous que je vous aide à le transporter.»

Au retour, dans l'automobile, Guillaume vida ses poches, pleines de chargeurs allemands et de pattes d'épaulettes. Il montrait cette sinistre collection à madame de Bormes.

D'abord déçue, comme une débutante, par la puanteur des coulisses, elle s'habituait peu à peu à cette puanteur.

Elle avait sommeil. Guillaume pas. Il lui installa des coussins et s'endormit avant elle.

Sa tête pendait, sa langue dépassait ses lèvres entr'ouvertes. Sa main qui reposait sur la poignée de la portière tomba lourdement. Il ressemblait aux blessés.