Le colonel harcela Guillaume de questions sur son oncle. Ce général était son dieu. Tout en parlant, il roulait des bandes molletières autour de ses grosses jambes et gémissait comme si ce fussent des pansements. Il confia ses craintes à Guillaume au sujet des radeaux et lui dessina son plan de défense. Il redoutait aussi les gaz, presque impossibles en cet endroit de vents qui tournent. Il était fier de sa salle à manger en dentelles.

—Que voulez-vous, dit-il a Guillaume, je ne renonce jamais au décorum, si faire se peut. J’en suis féru. Ainsi, entre nous, j’ai une maîtresse, une femme du monde. Eh, bien, pour dîner seule en tête à tête avec moi, ou avec son mari et moi, toujours la robe ouverte et les hommes en smoking.

Sa quatrième marotte était un soixante-quinze monté en première ligne, à vingt-sept mètres du poste d'écoute ennemi, boulon par boulon, comme les bateaux dans les bouteilles.

—Vous voyez leur gueule, disait-il, en cas d’attaque. Un soixante-quinze en première ligne!

Il riait, se tapait sur les cuisses.

Soudain la porte s’ouvrit et le général commandant du secteur parut.

Avec deux capitaines, harnachés de cuirs et de rubans, il passait une inspection, espèce de surprise-partie fort désagréable pour ceux qui la reçoivent.

Le colonel sauta sur ses pieds et, faisant une révérence, culbuta la boîte de biscuits secs. Par un réflexe mondain, le général se précipita pour ramasser les gâteaux et cogna de son casque la tête du colonel qui se précipitait en sens inverse.

—Je vous ai fait mal? demanda-t-il. Il avait tait très mal. Le colonel répondit que ce ne serait rien. Guillaume, d'un angle de la cave, dévorait des yeux cette scène surprenante.

Maintenant, le pauvre colonel, un peu remis du choc physique et moral, décrivait ses merveilles.