[LE THÉÂTRE AUX ARMÉES]
La troupe, recrutée de bric et de broc, se composait de quelques comparses, d'une cantatrice en robe et en chapeau de Grande-Mademoiselle, d'un tragédien illustre, d'une débutante en deuil, accessit du Conservatoire de l'année précédente, et d'un jeune premier dont le fils colonel venait de gagner sa septième palme. Il comptait pouvoir le rejoindre au front.
Pesquel-Duport nommait les compagnons de route les uns aux autres, lorsque la princesse, stupéfaite, vit, revenant d'acheter des oranges, madame Valiche. Elle arborait la tenue décrite dans la ferme.
—Par exemple! s'écria cette horrible femme, vous! vous ici! mais qu'arrive-t-il donc, ma chère? dit-elle, pour montrer aux comédiens son intimité avec Madame de Bormes.
La princesse, lui abandonnant le bénéfice de ce «ma chère», car elle voyait en rose et ne voulait troubler le plaisir de personne, présenta Pesquel-Duport, et dit qu'elle lui devait cette faveur.
Elle ajouta:
—Guillaume Fontenoy est à Coxyde; nous espérons l'y voir.
—Et allez donc! pensa madame Valiche, en clignant de l'œil.
La princesse ne tenait pas à ce que madame Valiche, forte de leurs souvenirs communs, s'accrochât derrière elle et Guillaume. Elle avait d'abord voulu taire leur véritable but. Immédiatement, elle comprit que cette femme se vengerait, en s'apercevant d'une cachotterie. Ce rouage la fit prononcer honteusement une phrase toute simple.
Pesquel-Duport était fin, mais pas assez. Il remarqua le ton de Clémence et le clin d'œil. Les deux lui déplurent.