Son effervescence lui fit mettre les freins. Il objecta qu'il faudrait attendre, se renseigner, que la fortune...
—La fortune! interrompit la princesse. Laissez donc. D'abord, qui vous dit que Guillaume est pauvre? Les Fontenoy sont riches. Je donne à Henriette ce qu'il faut. D'ailleurs (elle éclata de rire), nous perdons la tête, mon pauvre directeur. Nous sommes aussi naïfs l'un que l'autre. Nous voilà, parlant sérieusement d'une chose qui n'existe pas. Henriette ne connaît rien à rien. Guillaume a dix-neuf ans. C'est le premier garçon qu'elle rencontre. Elle se croit amoureuse de lui. Elle ne l'est pas. Moi, aussi, je suis amoureuse de Guillaume. Mais ce n'est pas l'amour.
La princesse prenait un air grave pour émettre ces extravagances. Du geste, elle empêchait Pesquel-Duport d'ouvrir la bouche.
En l'écoutant, il sentait revenir ses inquiétudes.
—Je ne veux pas, continua Clémence, marier Henriette à la légère, ni donner à Guillaume une femme qui s'en lasse au bout de quinze jours. Vous me voyez avec un gendre sur les bras.
Ce mot de gendre, appliqué à Guillaume, la jeta dans de nouveaux éclats de rire.
—C'est une folle, se dit sérieusement Pesquel-Duport; mais une folle dont je suis fou.
Après son rire, la princesse demanda des détails. Le directeur s'embrouillait, atténuait la scène de l'automobile.
—Tenez, dit Clémence, vous n'êtes bon qu'à faire des articles. Taisez-vous. Je vais employer un moyen très simple. Je vais interroger Henriette.
Elle se leva et disparut.