Le Bois-Triangulaire tonnait comme une chasse royale. À Nieuport, le cimetière des fusiliers marins reposait près de l'église informe. Plus loin que Nieuport, du boyau qui menait à Saint-Georges, on voyait à droite, émergeant de l'inondation, une carcasse de ferme, dite: Vache-Crevée.
L'auteur de ce surnom, adopté sur les cartes d'état-major, était une jeune Anglaise, miss Élisabeth Hart.
Miss Hart, que tout le monde appelait miss Élisabeth, était la fille du général des troupes anglaises du secteur.
Sous prétexte de Red-Cross, elle pilotait une ambulance de poche et vivait avec les fusiliers-marins.
Chez une Française, ce genre d'existence choquerait. Mais Élisabeth Hart était un vrai garçon, un diable. Elle s'habillait presque en matelot. Elle portait des cheveux courts, bouclés autour d'une figure d'ange.
Elle offrait plus d'un rapport avec les amazones modernes du film américain, sauf qu'on ne la voyait jamais trembler. Elle allait, venait, de La Panne aux lignes, et laissait son ambulance n'importe où, comme dans les rues de Londres. Sa crânerie indisposait le colonel des zouaves. Il la trouvait sans-gêne. Aussi, négligeait-elle le secteur-mer pour le secteur-inondations.
Les fusiliers en faisaient une sainte.
C'était, d'ailleurs, sans aucun doute, une héroïne. La condition même de l'héroïsme étant le libre arbitre, la désobéissance, l'absurde, l'exceptionnel.
De plus, elle lisait dans la main.