Ce qu'il ne s'avouait pas, ou s'avouait à demi, c'est que cette mort, pour être une solution terrible, n'en était pas moins une solution. Elle mettait un point final à cette aventure, et lui permettait de garder le secret sur le mensonge Fontenoy.

—Pauvre Guillaume, se dit-il. Le faux oncle ne désavouerait pas un tel neveu. Tué au nord, il mérite l'épitaphe de l'enfant Septentrion: Dansa deux jours et plut.

Il fallait prévenir sa tante et les femmes. Le directeur, qui souhaitait retarder la seconde démarche mais ne voulait pas que ces malheureuses apprissent le désastre indirectement, décida de se rendre chez la tante de Guillaume, et, ensuite, avenue Montaigne.

Il comptait sans madame Valiche.

Pendant qu'il remplissait à Montmartre son triste office et que mademoiselle Thomas, après un silence, prononçait ces paroles qui étonnèrent l'incrédule: «Merci Monsieur. Je le verrai bientôt. Je lui raconterai votre visite», madame Valiche tournait l'angle de l'avenue Montaigne et du rond-point des Champs-Elysées.

Elle ne digérait ni la promenade aux lignes, ni le wagon, ni le triomphe de la princesse, ni le convoi désagrégé par un caprice de Guillaume.

Sa vengeance agissait.

Ce vampire savait toutes les morts, de Belgique en Alsace, avant le reste du monde. Elle connaissait celle de Guillaume par un frère de Gentil, major à Zuydecôte, arrivé en permission le matin.

Il la lui avait offerte sous la forme suivante: «Un crâneur, n'ayant que ce qu'il mérite». Aussi la portait-elle, encore chaude, à Henriette et à madame de Bormes.

Ces deux femmes qui n'osaient trop s'écarter de l'appartement par crainte de manquer d'une minute la réponse de Guillaume à la lettre d'Henriette, sortaient faire des courses.