—Oui... j'ai entendu ma mère lui reprocher plus d'une fois son imprudence, presque toute sa fortune étant, paraît-il, en valeurs au porteur.
—En effet! et vous le saviez!... Saviez-vous également que votre cousin avait réalisé une somme de dix mille francs qu'un employé du Crédit Lyonnais lui apporta la veille même de sa mort?
—Non... J'ignorais ce détail.
—Un détail important, mademoiselle! Le testament a été ouvert... M. de Chantepy vous laisse sa fortune. Elle est peu considérable, à la vérité, mais vous met à l'abri du besoin.
—Pauvre ami!
Pour la première fois, depuis son entrée dans le cabinet du juge d'instruction, elle défaillit en se rappelant l'affection perdue qui avait été un si grand secours pour elle et sa mère pendant les années navrantes qui venaient de s'écouler.
En la voyant pleurer, M. de Monvoy espéra obtenir l'aveu qu'il attendait.
—Vous saviez que vous héritiez, dit-il, et vous avez voulu profiter d'une fortune qui vous sortait d'une position précaire, très précaire, très pénible.
—Et c'est moi, dit-elle avec une angoisse émouvante, moi, qui provoque une telle pensée! Ne savez-vous pas que je travaillais avec courage, avec succès! et il nous faut bien peu pour vivre, à ma mère et à moi!
—Vous... oui! Mais vous n'étiez pas, vous n'êtes pas seules. Votre père?...